Lundi 23 avril 2 012 : HORTVS ADONIDIS

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Lundi 23 avril 2 012

 

S

IMALGRÉ mes bonnes réſolutions du 8 avril, je n’ai pas écrit dans ce journal depuis le 10, c’eſt parce que j’avais à me conſacrer à Triſtan, qui était venu de la véritable Grèce paſſer ſes vacances à Argos, près de moi. Je l’ai reconduit hier dimanche à la gare de Trézène, après être allé donner mon vote à Pélagie Képhala au premier tour de l’élection préſidentielle, ce dont Triſtan ne manquerait pas de rougir devant ſes amis, puiſque, ſelon la verte Evita Péronnelle, candidate oncologiſte à cette élection, « les ſuffrages donnés à Mme Képhala ſont comme une tumeur maligne dans le tiſſu ſain de la République hellénique, une tache indélébile au fond de la culotte immaculée de la Grèce »… Je n’oſe imaginer par quels termes Péronnelle déſignait les prévenus dont elle inſtruiſait les doſſiers lorſqu’elle était juge. On devine avec quelle facilité elle aurait été, ſelon la formule conſacrée, la préſidente de tous les Grecs ſi, par malheur, elle avait été élue. Dieu merci, dans ſa ‘‘courſe aux honneurs’’, Péronnelle n’a trouvé que celui d’être « Madame Dix fois moins », comme a dit je ne ſais plus quel lieutenant de Pélagie Képhala comparant les ſcores de celle-ci & celle-là ! Pendant tout le temps que je me conſacrais donc à Triſtan, j’ai tout de même entrepris de donner à ce journal, pour ſon nouveau départ, une nouvelle adreſſe ſur la Toile. Après avoir créé un compte ſur Blogger, puis un autre ſur Wordpreſs, pour en teſter les fonctionnalités, qui ne m’ont pas ſatiſfait ou dont j’ai trop peiné à comprendre l’utiliſation, quand ce n’était pas l’utilité, j’ai fini par m’aviſer que le plus ſimple était encore de garder le même blogue, d’en changer le titre & d’en vider l’ancien contenu, qui devrait donc s’ajouter à celui de l’Adonidocèpe, dans une très hypothétique future édition papier de mon journal. Après donc Le Jardinet d’Antire, l’Adonidocèpe & δώνιδος κπος, voici déſormais : Hortus Adonidis. Le propre de ces ſortes de jardins n’eſt-il pas, après tout, de mourir & renaître ſans ceſſe ? C’eſt durant une de mes expérimentations ſur Wordpreſs que je me ſuis fait ſurprendre par un Triſtan qui, pris d’un de ſes accès de tendreſſe, était venu s’aſſeoir un inſtant près de moi, entre deux chapitres de la lecture qu’il avait en cours, notre habitude étant généralement d’occuper un canapé différent chacun. Bien ſûr, j’avais eu le réflexe de ‘‘réduire’’ la fenêtre où je m’affairais, mais c’était ſans compter ſur le flair de mon jeune eſpion, dont les yeux ſe poſèrent immédiatement ſur la ‘‘barre des tâches’’, où il n’eut apparemment aucun mal à lire ſur l’onglet correſpondant à la fenêtre réduite, malgré la mauvaiſe vue qu’il prétend avoir, les lettres « tableau de bo… », qu’il lui fut d’autant plus ſimple de traduire par ‘‘tableau de bord’’ que, tenant lui-même un blogue ſur Wordpreſs (dans lequel il conſigne quelques-unes de ſes obſervations ſur la véritable Grèce, où il pourſuit actuellement ſes études), il en connaît parfaitement la terminologie. L’idée de la publication de ce journal déplaît fort à Triſtan, dont la grande peur (c’eſt ſa névroſe) eſt d’être jugé négativement par autrui, c’eſt-à-dire par les internautes en l’occurrence, perſuadé qu’il eſt que je ne peux dire de lui que du mal, comme ſi mes lecteurs n’avaient pas conſcience que ce qui était rapporté dans ce journal, l’étant par moi, était néceſſairement ſujet à caution, non pas tant à cauſe de ma poſſible mauvaiſe foi que tout ſimplement de l’impoſſibilité qu’il y a pour tout homme de conſidérer le monde autrement que par ſes propres yeux, même lorſque ſon intention eſt de corriger ſa vue ou d’emprunter celle d’autrui, ces adaptations n’étant elles-mêmes opérées qu’en fonction d’une idée qu’on ſe fait, ſoit de la diſtance qu’il y aurait entre la réalité & l’image qu’on en a, ſoit de l’écart qu’on ſuppoſe entre ſes propres vues & celles de quiconque. J’eſpère que mes lecteurs ont la ſageſſe de ne pas prendre tout ce que j’écris pour argent comptant ! Une autre grande peur de Triſtan eſt de me voir l’aimer moins. Or il ſemble trouver dans la tenue de ce journal la preuve-même d’un moindre amour de ma part, comme s’il craignait que ma tentative de conſidérer parfois ici ce ſentiment d’un regard objectif n’impliquât pour moi la tentation de me détourner de l’objet qui l’inſpire. Mais ne faut-il pas s’éloigner de l’objet, pour pouvoir lui revenir ? Ne faut-il pas de temps en temps l’aimer moins, pour l’aimer davantage ? Ces conſidérations, s’il les connaiſſait, ſeraient une bleſſure évidemment cruelle pour Triſtan, & plus encore le fait que je les partage dans ce journal. Car s’il lui importe tant que je lui montre un amour aveugle, peut-être lui tient-il encore plus à cœur d’en éblouir le monde, comme s’il voulait que nous fuſſions ſoleil, lui, & moi, qui ſuis hélas ſi lunatique. Il m’aime comme un adoleſcent.

24/04/2012, 04:13 | Lien permanent | Commentaires (0)

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