HORTVS ADONIDIS : Archives

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24/04/2012

 

Lundi 23 avril 2 012

 

S

IMALGRÉ mes bonnes réſolutions du 8 avril, je n’ai pas écrit dans ce journal depuis le 10, c’eſt parce que j’avais à me conſacrer à Triſtan, qui était venu de la véritable Grèce paſſer ſes vacances à Argos, près de moi. Je l’ai reconduit hier dimanche à la gare de Trézène, après être allé donner mon vote à Pélagie Képhala au premier tour de l’élection préſidentielle, ce dont Triſtan ne manquerait pas de rougir devant ſes amis, puiſque, ſelon la verte Evita Péronnelle, candidate oncologiſte à cette élection, « les ſuffrages donnés à Mme Képhala ſont comme une tumeur maligne dans le tiſſu ſain de la République hellénique, une tache indélébile au fond de la culotte immaculée de la Grèce »… Je n’oſe imaginer par quels termes Péronnelle déſignait les prévenus dont elle inſtruiſait les doſſiers lorſqu’elle était juge. On devine avec quelle facilité elle aurait été, ſelon la formule conſacrée, la préſidente de tous les Grecs ſi, par malheur, elle avait été élue. Dieu merci, dans ſa ‘‘courſe aux honneurs’’, Péronnelle n’a trouvé que celui d’être « Madame Dix fois moins », comme a dit je ne ſais plus quel lieutenant de Pélagie Képhala comparant les ſcores de celle-ci & celle-là ! Pendant tout le temps que je me conſacrais donc à Triſtan, j’ai tout de même entrepris de donner à ce journal, pour ſon nouveau départ, une nouvelle adreſſe ſur la Toile. Après avoir créé un compte ſur Blogger, puis un autre ſur Wordpreſs, pour en teſter les fonctionnalités, qui ne m’ont pas ſatiſfait ou dont j’ai trop peiné à comprendre l’utiliſation, quand ce n’était pas l’utilité, j’ai fini par m’aviſer que le plus ſimple était encore de garder le même blogue, d’en changer le titre & d’en vider l’ancien contenu, qui devrait donc s’ajouter à celui de l’Adonidocèpe, dans une très hypothétique future édition papier de mon journal. Après donc Le Jardinet d’Antire, l’Adonidocèpe & δώνιδος κπος, voici déſormais : Hortus Adonidis. Le propre de ces ſortes de jardins n’eſt-il pas, après tout, de mourir & renaître ſans ceſſe ? C’eſt durant une de mes expérimentations ſur Wordpreſs que je me ſuis fait ſurprendre par un Triſtan qui, pris d’un de ſes accès de tendreſſe, était venu s’aſſeoir un inſtant près de moi, entre deux chapitres de la lecture qu’il avait en cours, notre habitude étant généralement d’occuper un canapé différent chacun. Bien ſûr, j’avais eu le réflexe de ‘‘réduire’’ la fenêtre où je m’affairais, mais c’était ſans compter ſur le flair de mon jeune eſpion, dont les yeux ſe poſèrent immédiatement ſur la ‘‘barre des tâches’’, où il n’eut apparemment aucun mal à lire ſur l’onglet correſpondant à la fenêtre réduite, malgré la mauvaiſe vue qu’il prétend avoir, les lettres « tableau de bo… », qu’il lui fut d’autant plus ſimple de traduire par ‘‘tableau de bord’’ que, tenant lui-même un blogue ſur Wordpreſs (dans lequel il conſigne quelques-unes de ſes obſervations ſur la véritable Grèce, où il pourſuit actuellement ſes études), il en connaît parfaitement la terminologie. L’idée de la publication de ce journal déplaît fort à Triſtan, dont la grande peur (c’eſt ſa névroſe) eſt d’être jugé négativement par autrui, c’eſt-à-dire par les internautes en l’occurrence, perſuadé qu’il eſt que je ne peux dire de lui que du mal, comme ſi mes lecteurs n’avaient pas conſcience que ce qui était rapporté dans ce journal, l’étant par moi, était néceſſairement ſujet à caution, non pas tant à cauſe de ma poſſible mauvaiſe foi que tout ſimplement de l’impoſſibilité qu’il y a pour tout homme de conſidérer le monde autrement que par ſes propres yeux, même lorſque ſon intention eſt de corriger ſa vue ou d’emprunter celle d’autrui, ces adaptations n’étant elles-mêmes opérées qu’en fonction d’une idée qu’on ſe fait, ſoit de la diſtance qu’il y aurait entre la réalité & l’image qu’on en a, ſoit de l’écart qu’on ſuppoſe entre ſes propres vues & celles de quiconque. J’eſpère que mes lecteurs ont la ſageſſe de ne pas prendre tout ce que j’écris pour argent comptant ! Une autre grande peur de Triſtan eſt de me voir l’aimer moins. Or il ſemble trouver dans la tenue de ce journal la preuve-même d’un moindre amour de ma part, comme s’il craignait que ma tentative de conſidérer parfois ici ce ſentiment d’un regard objectif n’impliquât pour moi la tentation de me détourner de l’objet qui l’inſpire. Mais ne faut-il pas s’éloigner de l’objet, pour pouvoir lui revenir ? Ne faut-il pas de temps en temps l’aimer moins, pour l’aimer davantage ? Ces conſidérations, s’il les connaiſſait, ſeraient une bleſſure évidemment cruelle pour Triſtan, & plus encore le fait que je les partage dans ce journal. Car s’il lui importe tant que je lui montre un amour aveugle, peut-être lui tient-il encore plus à cœur d’en éblouir le monde, comme s’il voulait que nous fuſſions ſoleil, lui, & moi, qui ſuis hélas ſi lunatique. Il m’aime comme un adoleſcent.

24/04/2012, 04:13 | Lien permanent | Commentaires (0)

11/04/2012

 

Mardi 10 avril 2 012

 

T

RISTAN s’eſt montré particulièrement pénible, hier ſoir, pendant notre téléphonage. Après avoir commencé par me reprocher de ne pas avoir répondu la veille aux SMS qu’il m’avait envoyés pendant la ſoirée (qu’il ſe trouve que je paſſais chez ma mère, laquelle nous avait invités à dîner, Hipponaüs, ma ſœur Junie & moi, mais où je m’étais rendu ſans le cordon d’alimentation de mon téléphone portable, dont la batterie s’eſt malheureusement vidée pendant nos agapes), celui-ci a voulu que j’entreprenne de le raſſurer, parce qu’il ſe ſentait de plus en plus effrayé à l’idée de devoir paſſer aujourd’hui un entretien pour ſe faire accepter comme ſtagiaire dans un cabinet d’avocats cet été. Malheureuſement, je dois confeſſer que la mercuriale de Triſtan au ſujet des SMS m’avait trop échauffé pour que je puſſe me montrer d’une grande efficacité dans mes tentatives pour l’apaiſer, ce qu’ayant conſtaté celui-ci n’a bien évidemment pas manqué de me reprocher, m’ôtant ainſi tout eſpoir de le ſatiſfaire, trop occupé que je me retrouvais, par ſa faute, à m’interdire de lui tenir des propos plus propres à m’apaiſer moi plutôt que lui, c’eſt-à-dire éminemment ſuſceptibles d’aggraver encore l’état dont j’étais cenſé le ſortir. Il n’eſt pas rare que Triſtan exige de moi des comportements que m’empêche abſolument d’adopter ſans un effort ſurhumain les états dans leſquels il m’aura d’abord preſque toujours inévitablement mis ! Ce paradoxe eſt ſi fréquent que je me demande s’il n’eſt pas un ſymptôme de ſa propre névroſe : quelque choſe pouſſe Triſtan à me demander l’impoſſible ! Mais ſans doute y a-t-il auſſi de ma névroſe dans cette impoſſibilité : il eſt des états dont je n’arrive pas à me ſortir quand il ſerait pourtant urgent que j’en ſorte pour l’apaiſement de Triſtan. Peut-être faut-il ajouter à nos deux névroſes reſpectives une troiſième, commune à nous deux, qui ſerait celle de notre couple.

11/04/2012, 02:09 | Lien permanent | Commentaires (4)

09/04/2012

 

Dimanche 8 avril 2 012

 

P

EUT-ÊTRE ces fêtes de Pâques ſont-elles une bonne occaſion de reſſuſciter ſur la Toile ce pauvre journal, auquel je ne ſais trop pourquoi j’ai déſormais tant de mal à m’intéreſſer. Bien ſûr, il y a d’abord que je n’arrive pas à trouver le courage de rattraper tout le retard que j’ai pris dans ſa publication webmatique depuis, je crois, le mois de décembre dernier, où j’avais fait paraître les lignes que j’avais pris la peine d’écrire le 24 mai 2 011, il y a preſque un an, & dans leſquelles je me plaignais déjà de l’eſpèce d’impuiſſance qui me frappe : « Je profite, écrivais-je alors, de ce que je me trouve dans le train pour Athènes, où je vais rejoindre Triſtan, pour noter dans mon carnet de quoi alimenter un journal de moins en moins bien tenu. Il y a peut-être deux mois que je me fais la promeſſe de recopier, quand il ne me faut pas d’abord les mettre en formes, les notes, de plus en plus ſuccinctes, que je couche dans ce carnet, ſans jamais m’y tenir. Je ne ſais ce qui m’arrive, depuis quelque temps, qui me fait me déſintéreſſer complètement de ce journal. Peut-être traverſé-je une ſorte de criſe, peut-être eſt-ce à cauſe de l’entrée de Triſtan dans ma vie, qui eſt un grand bouleverſement. De fait, malgré la grande diſtance qui nous ſépare le plus ſouvent lui & moi, je me ſens de moins en moins maître de mon emploi du temps, n’étant plus jamais à l’abri d’un de ces coups de téléphone qui, généralement, peuvent durer deux heures & plus encore, je n’ai plus la tranquillité néceſſaire à ma concentration, puiſque je garde toujours à l’eſprit que je pourrais être dérangé à tout moment. » La tâche me paraît d’autant plus inſurmontable que, comme je l’écrivais donc déjà le 24 mai 2 011, ce n’eſt pas ſeulement dans la publication de ce journal que j’ai pris du retard, mais auſſi, ce qui eſt évidemment bien plus grave, dans ſa rédaction, l’eſſentiel de ce que j’y ai pu mettre depuis ce dernier jour de mai ne conſiſtant le plus ſouvent qu’en de très brèves notes jetées ſoit dans mon carnet, ſoit dans le document Word où ma proſe de diariſte inconſtant eſt cenſée s’écrire quotidiennement, mais dont je ne ceſſe de remettre à plus tard le travail. Or, ce travail que je ne ſuis pas capable d’effectuer, cette miſe en forme de notes, d’idées accumulées dans mes papiers pendant des mois & qui ſont encore à développer pour la plupart, cette croiſſance à laquelle aſpire tout naturellement ce journal, dans l’eſpoir, ſans doute & malgré les dénégations plus ou moins ſincères dont j’ai pu le parſemer, de devenir une œuvre à part entière, quoique à ſon modeſte rang, bien entendu ; le travail, diſais-je, que mon impuiſſance ne me permet pas de mener à bien pour nourrir cet eſpoir, cet enfant, mon journal, n’eſt-ce pas préciſément celui par lequel l’écrivain ſe diſtingue du dilettante, de la jeune fille ? J’ai honte de cette impuiſſance qui me fait uſurper le beau titre d’écrivain dont Dominique Autié, dans notre correſpondance, avait bien voulu m’honorer. Il y a auſſi que l’amour a des baſſeſſes dont je n’ai pas la force de me relever. Il y a une petiteſſe de Triſtan que je m’explique pour l’inſtant par ſa jeuneſſe, celle-ci étant par nature complètement dépourvue de toute indépendance d’eſprit, déſireuſe qu’elle eſt, au contraire, de ſe ſoumettre au groupe, c’eſt-à-dire à ſon hideuſe beauté narciſſique, arrogante & futile. Il n’y a pas longtemps, en effet, que celui-ci m’a confié avoir honte de ce qu’il appelle ‘‘mes idées’’, m’apprenant ainſi que j’en avais, ce que j’ignorais avant que Triſtan ne m’eût éclairé ſur ce point… Quand je lui ai demandé ce qu’il voulait dire par là, il m’a expliqué qu’il ſerait très embarraſſé que ſes amis généralement ‘‘bien-penſants’’ découvrent quelles ſortes d’idées, donc, qu’ils ne manqueraient pas de juger intolérablement dépravées, mon eſprit pouvait élaborer dans la ſolitude de ſa décompoſition avancée &, de ce fait, néceſſairement nauſéabonde. Mais dans le même temps, il m’a juré qu’il ne voudrait ſe paſſer de nos converſations pour rien au monde, parce qu’elles ſeraient, ſelon ſes propres mots, « un eſpace de liberté » comme il n’en a jamais trouvé ! Je dois dire que ce n’eſt pas ſans un peu de chagrin (mais auſſi avec de l’eſpoir) que je l’ai entendu reconnaître qu’il y avait de la lâcheté à ſe ſoumettre comme il fait à la cenſure que lui impoſe la médiocre ſociété de ſes amis. Triſtan, à qui j’ai eu la mauvaiſe idée de donner à lire, pour ſon anniverſaire, afin de l’aider à ſe faire une idée de ce journal, dont il eſt à la fois ſi curieux & ſi effrayé, la relation de mon ſéjour en 2 006 dans la véritable Grèce, où il ſe trouve qu’il réſide lui-même en ce moment, dans le cadre de ſes études, m’a dit qu’il avait très peur que je ne le traite dans ces pages avec la même eſpèce d’impitoyable acuité que je mettrais, ſelon lui, à ſcruter mes perſonnages. Si bien que ma grande peur à moi, c’eſt qu’il ne découvre ce journal, que je lui ai fait croire que j’avais ceſſé de publier depuis près de trois ans. Comment donc, dans ces conditions, pourrais-je m’y conſacrer ſereinement, puiſque, ſi j’étais découvert, le délit de menſonge ſerait flagrant aux yeux de celui à qui j’ai juré fidélité & qui croit pouvoir me faire confiance ? Et pourtant, j’en reprends aujourd’hui la publication, ſans attendre d’avoir rattrapé le retard pris, non ſeulement parce que ſa publicité m’était un puiſſant moteur, à l’époque où ſon contenu paraiſſait ſitôt écrit, plutôt qu’après ce délai d’un mois devenu preſque une année que j’avais fini par vouloir inſtaurer, ſans que je puiſſe trop aujourd’hui m’expliquer la raiſon d’un tel parti, mais ſurtout parce que je le dois à Lithomnème, que je m’en voudrais de déſeſpérer encore de pouvoir me lire en pleines fêtes paſcales, à don Eſteban, pour qui ce journal eſt un moyen de prendre de mes nouvelles, à Philerme, dont le blogue ſi riche fait ſe ſentir le mien bien pauvre en comparaiſon, & à Laodice, qui ſuit mes aventures depuis ſi longtemps.

09/04/2012, 02:53 | Lien permanent | Commentaires (1)