Mercredi 9 mai 2 012 : HORTVS ADONIDIS

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Mercredi 9 mai 2 012

 

E

UGÈNE, mon couſin de France, qui ne s’eſt jamais tant ouvert à moi que depuis qu’il a fini par révéler à notre famille ſon goût pour les garçons, m’a confié dernièrement qu’Euphorion, ſon jeune amant, qu’il ne peut pas voir très souvent, à cauſe de la grande diſtance qui les ſépare habituellement l’un de l’autre (le garçon faiſant ſes études dans une ville fort éloignée de celle où vit Eugène), ſe connectait parfois à des ſites achriens ſur Internet, non pas tant pour faire des rencontres phyſiques que purement webmatiques, afin d’agrémenter de converſations à caractère érotique voire, occaſionnellement, de la viſion de perſonnes ſe filmant dans le plus ſimple appareil en train de manier leur virilité lors de dits plans cam, une activité ſexuelle réduite à être le plus ſouvent ſolitaire. Eugène dit accepter aiſément ces façons, qu’il ne juge pas plus condamnables que, par exemple, la fréquentation de ſites pornographiques. Loin de conſidérer ces agiſſements comme des écarts de conduite, mon couſin y voit plutôt le plus ſûr expédient pour empêcher qu’Euphorion ne ſoit tenté de le tromper. Sa tolérance & ſa confiance en ſon ami ſont d’ailleurs ſi grandes qu’il eſt allé juſqu’à permettre au garçon de ſe faire de nouvelles connaiſſances dans la communauté achrienne de la ville où il réſide, ce dernier n’ayant pas trouvé à ſe lier avec des camarades étudiants qu’il trouve de trop grands ſottiſe & conformiſme, ce que je n’ai guère de mal à croire, s’ils ſont, comme il eſt fort à craindre, de la même ſorte que ceux dont eſt affligé Triſtan. M’étonne davantage le fait qu’Eugène ſemble penſer qu’Euphorion ait de plus grandes chances de trouver au milieu du bétail achrien la moindre trace d’intelligence ou d’indépendance d’eſprit… Mais là n’eſt pas la queſtion ! Eugène s’inquiète de ce qu’Euphorion l’ayant pris au mot ait fini par ſe lier d’amitié avec une perſonne qu’il a rencontrée ſur l’un de ces ſites qu’il n’eſt cenſé fréquenter que dans le but de trouver un éphémère accompagnement viſuel aux activités ſolitaires dont ſon âge eſt ſi coutumier. S’étant aperçu qu’un certain Vatinius, donnons-lui ce nom, n’était pas aſſez phyſiquement à ſon goût pour lui ſervir d’adjuvant dans le déduit, Euphorion l’a néanmoins eſtimé aſſez prometteur pour s’en faire l’un de ces amis qu’Eugène l’avait juſtement exhorté à ſe trouver. A préſent, ce dernier eſt fort contrarié à l’idée que Vatinius, qu’il ſera peut-être amené à rencontrer, ſi devait durer la regrettable amitié que s’eſt mis à lui porter Euphorion, garde à l’eſprit l’ambiguïté du premier abord, auquel préſidait la pulſion ſexuelle. Car ſi mon couſin & ſon amant ſavent pouvoir ſe faire confiance, il ſemble que Vatinius veuille au contraire eſpérer quelque infidélité d’Euphorion, dont il eſt d’autant plus fondé à le croire capable qu’il lui ſemble l’avoir déjà ſurpris en train d’en commettre une, même ſi elle n’était que ‘‘virtuelle’’ & partant bien légère, & qu’Eugène l’avait d’ailleurs permiſe… Mais ſi elle était permiſe, ce n’eſt que parce qu’elle devait être ſans lendemain, c’eſt-à-dire ſans conſéquence. Ce qui n’était qu’un péché véniel a pris l’ampleur du péché originel : il entache une amitié qui ſera toujours ſuſpecte aux yeux d’Eugène, & que le diabolique Vatinius ne trouvera jamais aſſez coupable. Mon pauvre couſin ſe voit donc affublé des cornes virtuelles d’un cocu en puiſſance, du moins dans l’eſprit de Vatinius, car Euphorion eſt paradoxalement trop innocent pour pouvoir en imaginer au front de ſon amant. Cette confidence de mon couſin m’a aidé à mieux comprendre la raiſon pour laquelle Triſtan voyait ce journal d’un ſi mauvais œil. Je crois qu’il tient mes lecteurs pour autant de Vatinius, ſuſceptibles, à cauſe du péché originel que conſtitue à ſes yeux ce qu’il appelle, à tort ou à raiſon, mon ‘‘impitoyable acuité’’, mais à laquelle il ſemble prêter bien des caractères de l’aveuglement, de ſe méprendre (en me prêtant par exemple des intentions ou des faibleſſes qui pourraient démentir l’amour que je lui porte) ſur l’importance qu’il a réellement pour moi.

10/05/2012, 01:27 | Lien permanent | Commentaires (4)

Commentaires

C'est voulu la transformation des s en f sans barre (gamma ?) ? Ou bien c'est chez moi que ça fe paffe ?

Sinon, sur le fond, dites à Tristan que vous êtes bien trop bien pour votre lectorat (de mon cas particulier j'extrapole... on verra s'il y a des réclamations !).

Écrit par : Lithomnème | 11/06/2012

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C'est voulu, cher Lithomnème. J'espère que vous me pardonnerez ce petit archaïsme typographique. J'ai également changé de nom : je ne m'appelle plus Straton, mais Antire !

Écrit par : Antire | 11/06/2012

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Permettez-moy d’aiouter, cher Antire, que ie retrouve avec plaiſir certains des caractères typographiques dont uſa Jean de Tournes, en la bonne ville de Lion, en 1547, pour l'ouvrage bucolique & églogal de Maurice Scève auquel grâce à vous nos pſeudonymes rendent hommage !

Écrit par : Philerme | 11/06/2012

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Et uous me donnez encores plus de plaiſir, cher Philerme, d’en trouuer à cette prétioſité typographique. Mais ie ne ſais encore ſi i’irai, comme uous, iuſqu’à me priuer du tout de la lettre j…

Écrit par : Antire | 12/06/2012

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