Mercredi 16 mai 2 012 : HORTVS ADONIDIS

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Mercredi 16 mai 2 012

 

J

E NE SAIS pourquoi j’ai eu envie de relire ce ſoir les textes que Dominique Autié avait conſacrés dans ſon blogue à la typographie (Cf. l’index, ſub verbo). Peut-être eſt-ce l’imminence de l’anniverſaire de ſa mort qui m’a fait vouloir lui rendre cette viſite ‘‘virtuelle’’. Ou bien étais-je d’abord venu le conſulter dans l’eſpoir de trouver quelque réponſe, qui m’aide à me retrouver dans ma bibliothèque, où les livres achetés ſe perdent à force d’attendre que leur y ſoit attribuée une juſte place, que je n’arrive pas à définir, faute d’un principe directeur qui me convienne pour leur claſſement. S’il a été très ſimple de décider & de mettre en œuvre une ſtricte ſégrégation entre les livres de poche & les autres livres de la bibliothèque, comment ranger ces derniers ? Séparer les livres de ſeconde main des neufs ſemble s’impoſer aſſez naturellement à moi. Mais puis-je décemment, parmi les livres de ſeconde main, ranger enſemble ceux qui ſont couſus & ceux qui ne le ſont pas ? Et comment faire tenir enſemble des livres de formats ſi divers ? Dois-je les ranger par collections ? Mettre encore à part les livres reliés ? Puis-je vraiment mettre côte à côte des livres d’époques différentes ? Où donc ſerait la place du plus précieux de mes livres, le ſeul en ſon genre, actuellement, dans ma bibliothèque, que m’avait offert don Eſteban, il y a quelques années ; trois livres, en réalité, mais reliés en un ſeul volume : les poéſies de Catulle commentées par Marc-Antoine Muret, celles de Tibulle puis celles de Properce, commentées par le même & publiées par Paul Manuce, à Veniſe, en 1 558 ? Voici la deſcription qu’en donne Renouard dans ſes Annales de l’imprimerie des Aldes, pages 420 & 421 du premier tome de l’édition de 1 825 :

   « CATVLLVS, & in evm Commentarivs M. Antonii Mvreti. ab eodem correcti & ſcholiis illuſtrati, Tibvllvs, & Propertivs. – Venetiis, ALDVS. M.  D.  LVIII. In-8°.

    « Chacun de ces poètes a ſon titre ſéparé, & eſt précédé d’une préface de Muret, dont la première, pour Catulle, eſt la même que dans l’édition de 1 554. Celle de Tibulle eſt adreſſée à Torquato Bembo, fils de Pietro, & datée de Padoue, Non. Mai. 1 558 ; & celle du Properce, à Fr. Gonzaga, auſſi datée de Padoue, Kal. ſext. 1 558.

    « Les chiffres & les ſignatures recommencent à chacun ; de ſorte qu’on peut ſans inconvénient ſéparer ou réunir à ſon gré ces trois parties, dont la première a 147 feuillets & un d’errata ; la ſeconde 57 & un d’errata ; la troiſième 93, deux d’errata & un blanc.

    « Dans une de ſes lettres à P. Manuce, page 15 de l’édition de Paris, 1 580, in-8°, Muret dit : ‘‘ſi fieri poſſet ut ſex aut ſeptem Tibulli regia charta deſcriberentur, eſſet mihi ſummopere gratum : hac de re ipſe ſtatuas.’’ J’ignore ſi les exemplaires demandés par Muret ont été tirés ; mais on voit par cette lettre que la fantaiſie des grands papiers a été de tous les temps, & que même de bons eſprits ne la dédaignoient pas. »

    Mais Dominique Autié relevait, dans L’ordinaire & le propre des livres, que la bibliophilie pourrait être beaucoup plus ancienne. Voici en effet ce qu’il écrivait à ce ſujet dans le chapitre XV de ſa Petite philocalie : « Dans le bref mais lumineux article de l’Encyclopædia Univerſalis qu’il conſacre à la bibliophilie (auquel je me ſuis déjà référé ici), Jacques Guignard, conſervateur en chef de la bibliothèque de l’Arſenal, mentionne trois indices hiſtoriques d’une pratique qui ne ſera ainſi nommée qu’à la fin de l’époque moderne : le ſoin des Aſſyro-Babyloniens à protéger dans un étui de terre cuite les tablettes (en terre, elles auſſi) ſur leſquelles ils conſervaient leurs écrits ; Grecs & Romains enroulaient le papyrus de leurs volumen autour de bâtons d’ivoire qu’ils rehauſſaient d’embouts orfévrés ; il rappelle enfin qu’on a mis au jour, dans l’une des demeures d’Herculanum, une bibliothèque dans laquelle ſe trouvaient pluſieurs copies d’une même œuvre. » ſi je ſuis toujours de ce monde en 2 058, c’eſt un livre vieux de cinq cents ans que je pourrai alors tenir entre les mains, quand l’envie me viendra de feuilleter ce Catulle. Je me demande ſi Triſtan ſera toujours avec moi en 2 058 ou ſi mes manies auront eu raiſon de ſon amour. Il ne m’a d’ailleurs pas été ſimple de lui faire entendre que nous ne pourrions pas mélanger nos livres une fois inſtallés enſemble dans la ville d’Acaris. Sans doute la perſpective de cette inſtallation dans une cité dont je ſuis loin de ne garder que de bons ſouvenirs eſt-elle pour beaucoup dans l’inconfort que me cauſe l’impoſſibilité où je ſuis de ranger mes livres d’une manière qui me convienne. Si je n’arrive pas à les ranger, c’eſt parce que Triſtan & la préparation de nos projets communs dérangent profondément mes habitudes. Le déſordre ne règne dans ma bibliothèque qu’en proportion du trouble dont ma vie eſt gagnée. Les murs de ma demeure s’effritent, s’effondrent par endroits, dont les véritables pierres ſont les livres. Où ranger les livres, quand je ne ſais pas moi-même où ſera ma place ? Je me ſens perdu juſqu’au ſein de ce qui eſt encore, pour quelque temps, ma propre demeure.

17/05/2012, 01:23 | Lien permanent | Commentaires (6)

Commentaires

Comme je vous envie, cher Antire, de poſſéder un ouvrage ſi ancien ! Mais finalement non, j’en ſuis ſurtout heureux pour vous, ſachant qu’il ſera feuilleté par des mains amoureuſes… Vous me faites ainſi penſer à la merveilleuſe bibliothèque du duc d’Aumale, au château de Chantilly, où je vis un jour, lors d’une expoſition, quelques ouvrages ſortis pour l’occaſion de leurs rayonnages vitrés et diſpoſés ouverts ſur des lutrins : il y avait notamment un exemplaire des « Amours » de Ronſard annoté de la main même du poëte, dans les marges… Que les livres de nos bibliothèques perſonnelles ſoient nos véritables pierres eſt une remarque fort juſte, ſi déſormais nul ou preſque ne peut dire qu’il poſſède ou qu’il vit dans une maiſon natale, et ſi nous ſommes tous devenus Ahaſverus, le Juif errant.

Écrit par : Philerme | 17/06/2012

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Nota Bene : Très étonnamment, le "f" sans barre transversale (le f du transept des cathédrales absentes, qui sait ?) est venu se ficher dans le "vous" initial, qui n'en avait pas besoin, pour s'adjoindre au "Juif " de la dernière de mes phrases, qui l'appelait. Mystère informatique que vous aurez naturellement corrigé, ainsi que les lecteurs émérites de vos commentaires.

Écrit par : Philerme | 17/06/2012

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Cher Philerme, je me ſuis permis de corriger l’erreur que vous nous avez ſignalée dans votre ſecond commentaire.

Écrit par : Antire | 17/06/2012

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Vous me ſauvez la face, cher Antire...

Écrit par : Philerme | 17/06/2012

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Pour prix de ce commentaire remarquable tu pourrais envoyer à monsieur bonus une grammaire française dédicacée.

Écrit par : don esteban | 17/05/2014

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Une grammaire et un traité de ponctuation !

Écrit par : Antire | 19/05/2014

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