Jeudi 14 juin 2 012 : HORTVS ADONIDIS

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Jeudi 14 juin 2 012

 

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RISTAN a décidé de m’interdire de nommer névroſe ce qu’il préfère appeler ſon problème ! Peu lui importe que ce problème ſoit préciſément ce qu’on appelle une névroſe : il ne veut pas que je lui colle d’étiquette… J’ai tenté de lui expliquer que mon intention, en recourant à cette notion, n’était évidemment pas de l’y réduire, mais de trouver à ſa lumière le moyen d’un plus grand diſcernement qui, nous aidant à trouver une iſſue à ces dialogues de ſourds où nous nous égarons ſi ſouvent, nous préſerve de l’affliction d’en reſſortir aveugles par ſurcroît ! Il faut bien que Triſtan comprenne, à la fin, que s’il eſt ſi affecté, par exemple, que je n’aie pas répondu à un SMS que je ne ſavais pas même avoir reçu, pour n’avoir pas toujours mon téléphone à portée de main, il n’y a pas de ma faute, ni de la ſienne, d’ailleurs, mais de la névroſe, comme il y en a lorſque j’éprouve preſque de la douleur à recevoir un baiſer, alors que je puis en donner ſans peine. Mais Triſtan ne ſemble pas vouloir en démordre : le fait que ce ſoit moi qui ai, le premier, donné à ſon ‘‘problème’’ le nom de névroſe, lui eſt intolérable. Il y voit une manifeſtation de l’aſcendant que je voudrais exercer ſur lui contre ſon gré. Et ſans doute a-t-il d’ailleurs en partie raiſon, car je ne puis nier qu’il me faut conſtamment veiller à ne pas ſuivre ma pente naturelle, ſans hélas toujours de ſuccès, pour ne pas lui faire ſubir ma domination. Après tout, de quel droit lui impoſerais-je ma terminologie ? N’eſt-il pas libre d’appeler problème ſa névroſe ? Cela vaut tout de même mieux que de la nommer fragilité, comme il a également propoſé de faire, mais que, pour le coup, je ne puis vraiment pas me réſoudre à accepter, tant il eſt vrai que je me heurte durement à cette fragilité comme à un mur édifié pour m’empriſonner. Quelle liberté Triſtan peut-il eſpérer trouver dans le déni ? Il me ſemble évident que le fait que celui-ci refuſe de nommer ſa névroſe, au prétexte que c’eſt moi qui, le premier, l’ai reconnue comme telle, n’en eſt qu’une manifeſtation ſupplémentaire. Sa grande peur étant qu’on l’abandonne, la penſée qu’on puiſſe lui trouver une faibleſſe, un défaut, la moindre infériorité, la plus petite faille, rouvre un gouffre en lui, dans lequel il s’abîme immanquablement. Il craint qu’on le trouve moins aimable à cauſe de ſes imperfections, comme on jugeait que n’étaient pas viables, dans la Grèce antique, les nourriſſons nés avec une tare & qu’on jetait aux corbeaux. Triſtan eſt un Prométhée enchaîné à cette peur des corbeaux qui lui dévore les entrailles.

15/06/2012, 01:26 | Lien permanent | Commentaires (0)

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