HORTVS ADONIDIS : Archives

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29/06/2012

 

Jeudi 28 juin 2 012

 

V

ERNISSAGE à la ‘‘Galerie Fabienne’’. Il m’était impoſſible de dire aux gens qui venaient prendre de ſes nouvelles que Triſtan m’avait quitté. Perſonne n’aurait compris la gravité de mon langage. Toute tentative pour me réconforter m’aurait ſemblé trop légère, inappropriée, indécente. Déjà, les mots d’Aſcagne & de Junie, les ſeuls à qui j’aie parlé de notre ſéparation, m’avaient profondément indigné. Ils prétendaient pouvoir m’aider de leur expérience, au prétexte qu’ils étaient ‘‘déjà paſſés par là’’… « Le caractère conventionnel de l’expreſſion m’enfonça la poitrine * », pour reprendre les mots de Grégorius Maximilien Lehcar, ce perſonnage du roman qu’Hipponaüs, qui en connaît l’éditeur, dont il s’eſt entiché, voulait tellement que je luſſe.

  * Agnus Regni, Frédéric Sounac, Délit Éditions, 2 009, p. 518.

29/06/2012, 01:52 | Lien permanent | Commentaires (0)

26/06/2012

 

Lundi 25 juin 2 012

 

T

RISTAN commençait aujourd’hui ſon ſtage dans un cabinet d’avocats d’Athènes. Ce ſtage était évidemment prévu de longue date, raiſon pour laquelle ce dernier n’avait d’ailleurs initialement l’intention de quitter Argos qu’hier plutôt que jeudi paſſé, mais à préſent que nous ſommes ſéparés, même ſi ce ſtage ne doit durer qu’un mois, il prend pour moi la dimenſion d’une éternité, puiſqu’il conſtitue pour Triſtan la première étape d’un parcours qui l’éloigne & le mène vraiſemblablement vers une vie où je ne ſerai plus jamais.

26/06/2012, 02:19 | Lien permanent | Commentaires (5)

24/06/2012

 

Samedi 23 juin 2 012

 

J

E SUIS ALLÉ allé chercher Triſtan mardi ſoir à la gare de Trézène. Définitivement rentré de la véritable Grèce, il devait reſter chez moi juſqu’à demain dimanche. Pendant le trajet en voiture, entre Trézène & Argos, celui-ci m’a dit qu’il avait pris goût à la douceur de la vie qu’il avait pu mener dans cet autre pays pendant près de neuf mois : il s’était habitué à avoir beaucoup de temps libre, il était déſeſpéré à l’idée de ne plus en avoir à l’avenir, il n’avait plus envie de faire ſon ſtage dans un cabinet d’avocats au mois de juillet, il ne ſavait d’ailleurs plus s’il voulait toujours devenir avocat, ni même s’il tenait encore au grand projet qui était le nôtre depuis des mois de nous inſtaller enſemble dans la ville d’Acaris après ce ſtage : il s’était trop accoutumé à l’indépendance & à la liberté pour enviſager ſereinement cette vie de couple que j’avais pourtant cru qu’il avait déſirée tellement plus que moi juſqu’alors. Le lendemain, mercredi, il a dit qu’il ne m’aimait plus autant qu’avant. Il avait beſoin de réfléchir & voulait que nous fiſſions une pauſe, même ſi je reſtais ‘‘ſon Antire’’, comme il a cru bon d’ajouter. Jeudi matin, il a préféré abréger ſon ſéjour ici. Je l’ai conduit à la gare d’Argos, où il a pris le train d’onze heures pour Athènes. Le ſoir, au téléphone, il m’a dit qu’il ne ſe ſentait pas le droit de me faire attendre davantage & qu’il me rendait donc ma liberté, bref : que nous n’étions plus enſemble, qu’il me quittait. Je m’attendais ſi peu à cette rupture que je ſuis effondré. Alors que j’étais à pleine viteſſe dans la courſe qu’il m’avait demandé d’entamer pour lui, c’eſt comme s’il m’avait arrêté d’un violent coup de poing dans l’eſtomac. Je ne ſais plus ſi je pourrai de nouveau reſpirer l’air un jour. Je ne peux plus bouger. Je ne peux plus parler. Je ne peux plus rien faire. Je ne peux plus. Je me ſens comme au cinéma, comme une femme trahie, abandonnée. Je n’arrive plus qu’à me regarder. Je me ſens incapable, impuiſſant, émaſculé. Je ne comprends pas. Je n’ai rien vu venir. Et maintenant je ne vois plus rien. 

24/06/2012, 02:25 | Lien permanent | Commentaires (0)

17/06/2012

 

Samedi 16 juin 2 012

 

T

RISTAN, à qui j’en ai parlé, me raillait tout à l’heure, pendant notre téléphonage, d’avoir donné à mon nouveau blogue une typographie auſſi archaïſante. Il trouve en effet que c’eſt une grande perte de temps que de changer, ligne après ligne, la conjonction et par l’eſperluette ou la plupart des s par cette ancienne graphie, qui reſſemble à celle de l’f, & dont je dois confeſſer que j’ignore ſi elle porte un nom particulier. Il me fait également remarquer, à très juſte titre, que la lecture en ligne de mon journal n’en ſera rendue que plus difficile. Mais pourquoi donc la typographie devrait-elle néceſſairement ſervir à faciliter la lecture ? Et ſi, au contraire, j’avais adopté celle-ci pour décourager les internautes importuns ou pour tromper un peu les moteurs de recherche ?

17/06/2012, 03:15 | Lien permanent | Commentaires (0)

15/06/2012

 

Jeudi 14 juin 2 012

 

T

RISTAN a décidé de m’interdire de nommer névroſe ce qu’il préfère appeler ſon problème ! Peu lui importe que ce problème ſoit préciſément ce qu’on appelle une névroſe : il ne veut pas que je lui colle d’étiquette… J’ai tenté de lui expliquer que mon intention, en recourant à cette notion, n’était évidemment pas de l’y réduire, mais de trouver à ſa lumière le moyen d’un plus grand diſcernement qui, nous aidant à trouver une iſſue à ces dialogues de ſourds où nous nous égarons ſi ſouvent, nous préſerve de l’affliction d’en reſſortir aveugles par ſurcroît ! Il faut bien que Triſtan comprenne, à la fin, que s’il eſt ſi affecté, par exemple, que je n’aie pas répondu à un SMS que je ne ſavais pas même avoir reçu, pour n’avoir pas toujours mon téléphone à portée de main, il n’y a pas de ma faute, ni de la ſienne, d’ailleurs, mais de la névroſe, comme il y en a lorſque j’éprouve preſque de la douleur à recevoir un baiſer, alors que je puis en donner ſans peine. Mais Triſtan ne ſemble pas vouloir en démordre : le fait que ce ſoit moi qui ai, le premier, donné à ſon ‘‘problème’’ le nom de névroſe, lui eſt intolérable. Il y voit une manifeſtation de l’aſcendant que je voudrais exercer ſur lui contre ſon gré. Et ſans doute a-t-il d’ailleurs en partie raiſon, car je ne puis nier qu’il me faut conſtamment veiller à ne pas ſuivre ma pente naturelle, ſans hélas toujours de ſuccès, pour ne pas lui faire ſubir ma domination. Après tout, de quel droit lui impoſerais-je ma terminologie ? N’eſt-il pas libre d’appeler problème ſa névroſe ? Cela vaut tout de même mieux que de la nommer fragilité, comme il a également propoſé de faire, mais que, pour le coup, je ne puis vraiment pas me réſoudre à accepter, tant il eſt vrai que je me heurte durement à cette fragilité comme à un mur édifié pour m’empriſonner. Quelle liberté Triſtan peut-il eſpérer trouver dans le déni ? Il me ſemble évident que le fait que celui-ci refuſe de nommer ſa névroſe, au prétexte que c’eſt moi qui, le premier, l’ai reconnue comme telle, n’en eſt qu’une manifeſtation ſupplémentaire. Sa grande peur étant qu’on l’abandonne, la penſée qu’on puiſſe lui trouver une faibleſſe, un défaut, la moindre infériorité, la plus petite faille, rouvre un gouffre en lui, dans lequel il s’abîme immanquablement. Il craint qu’on le trouve moins aimable à cauſe de ſes imperfections, comme on jugeait que n’étaient pas viables, dans la Grèce antique, les nourriſſons nés avec une tare & qu’on jetait aux corbeaux. Triſtan eſt un Prométhée enchaîné à cette peur des corbeaux qui lui dévore les entrailles.

15/06/2012, 01:26 | Lien permanent | Commentaires (0)

08/06/2012

 

Jeudi 7 juin 2 012

 

A

UJOURD’HUI avait lieu le procès de Mégalorge, l’homme qui m’avait agreſſé en novembre 2 011, pendant que j’étais en train de faire ce qui allait devenir à cauſe de lui ma dernière diſtribution hebdomadaire de proſpectus pour la ſociété ΑΔΞ. À l’entrée du Bouleutérion, le garde chargé du contrôle des perſonnes a commencé par m’expliquer que l’audience correctionnelle de deux heures commencerait à deux heures & demie & que j’avais donc largement le temps d’aller faire un tour en attendant… Comme je n’étais pas d’humeur à flâner, mais tout à mon inquiétude de devoir bientôt me trouver en la préſence de l’individu qui m’avait moleſté, devant un public à qui les plaideurs ſe feraient un devoir de ne rien celer de la couardiſe d’un Antire qui n’avait pas même été capable de ſe défendre du premier ivrogne venu ; preſſé de pénétrer dans ce lieu où je ne ſouhaitais pas me trouver, afin de me rapprocher du moment où j’en pourrais ſortir enfin, j’ai préféré demander au garde s’il ne m’était pas poſſible d’entrer quand même dans le Bouleutérion puiſque, après tout, les portes étaient ouvertes. C’était poſſible, en effet, mais le garde en convint avec cette mauvaiſe grâce ſi propre aux agents de la police, qui ſont ſans doute plus habitués à faire reſpecter ce qui eſt interdit plutôt qu’à rappeler ce qui eſt permis. Dans la ſalle des pas perdus, Mégalorge eſt venu s’aſſeoir ſur le ſiège immédiatement voiſin du mien, probablement dans le but de m’intimider. Il s’eſt alors très élégamment employé à retirer les chauſſures de ſes pieds, comme pour en faire tomber des grains de ſable qui s’y ſeraient logés… Dans la ſalle d’audience, en attendant notre paſſage, c’eſt moi qui ſuis allé m’aſſeoir tout devant lui, pour lui faire ſavoir que ſa préſence dans mon dos ne m’effrayait en rien & pour m’éviter d’avoir à poſer mes yeux ſur ſa perſonne. Ont d’abord été traitées, comme je crois que c’eſt l’uſage, les affaires dont les prévenus purgeaient déjà des peines d’empriſonnement, ſans doute pour leur permettre de rejoindre leurs geôles au plus tôt. Je dois à la vérité de dire que ſur les deux priſonniers, un ſeul portait un nom barbareſque, grâce à quoi la moitié ſeulement de la population carcérale préſente à l’audience était d’origine étrangère, l’autre prévenu étant un Grec d’origine grecque. Quant au reſte de l’aſſemblée, c’étaient, m’a-t-il ſemblé, des égyptiens qui la compoſaient plutôt que des mahométans, abſtraction faite, évidemment, des magiſtrats, des plaideurs & de moi. Et de Mégalorge ! Reconnaiſſons-lui au moins cette qualité. Le premier à être jugé était donc ce Grec qui purgeait déjà une peine de priſon, pour avoir incendié la roulotte de ſon rival amoureux. Il était pourſuivi cette fois pour le vol du téléphone portable de celle qui avait fini par ſe détourner de lui. C’eſt au cours de la perquiſition au domicile de l’incendiaire, lors de l’enquête ſur la deſtruction de la roulotte, que le téléphone, dont le vol avait été ſignalé quelque temps plus tôt par la belle indifférente, avait été retrouvé. Toute la défenſe de mon Grec qui, je ne m’en aviſe que maintenant, devait bien être un peu bohémien lui auſſi, pour s’être fait voler ſa belle par un homme à roulotte, était de dire qu’il avait trouvé le téléphone au ſortir d’un dancing, par terre, & qu’il était le premier étonné d’apprendre qu’il s’agiſſait juſtement de celui de ſa déloyale promiſe. Peu convaincant, il fut condamné à une peine de quatre mois d’empriſonnement ferme. Quant au Maure, il était pourſuivi pour outrage à agent dépoſitaire de l’autorité publique, puiſqu’il avait copieuſement injurié une gardienne de ſa priſon, dont il prétendait être la tête de Turc. Il l’avait même un temps ſoupçonnée d’être raciſte, crut-il bon d’ajouter, avant d’apprendre qu’elle avait un nom barbareſque elle auſſi. Je me demande ſi le juge n’a pas été un peu ſévère de condamner à un mois ſupplémentaire d’empriſonnement notre homme, qui devait être libéré à la fin de juin. Vint enſuite notre tour. Mégalorge ne conteſtait pas les faits de violence, mais leur accompliſſement en état d’ivreſſe. Car ſi ſa première intention, quand celui-ci fut interrogé par les enquêteurs, avait été préciſément d’alléguer cet état, fit remarquer le miniſtère public, ayant appris enſuite de ſon avocat le caractère aggravant de cette circonſtance, il lui importait à préſent de la démentir. Toute cette audience avait quelque choſe d’extrêmement relâché. Le préſident ſe montrait ſouvent railleur avec les prévenus ; le ſubſtitut du procureur s’exprimait à peu près comme une poiſſonnière ; l’un des plaideurs faiſait des pataquès ; il y eut deux coupures d’électricité & toute l’aſſemblée dut une fois évacuer le Bouleutérion à cauſe du déclenchement de l’alarme. Mais malgré ce relâchement général, j’étais quant à moi ſi ſoucieux de me tenir, ſi occupé à me donner un air impaſſible, pour ne pas me laiſſer atteindre par les très subtiles inſinuations de l’avocat de Mégalorge qui, pour mon malheur, m’a ſemblé être le plus brillant des plaideurs, que je ſuis ſorti des débats complètement épuiſé, ſans autre moyen, pour me remettre un peu, que d’aller à la ſupérette, chercher un paquet de ces œufs en chocolat de telle marque qui me font perdre tout contrôle, toute meſure, & que je mange ſans pouvoir m’arrêter tant que le ſachet n’eſt pas vide, raiſon pour laquelle j’eſſaie de m’interdire abſolument d’en acheter, hélas ſans grand ſuccès.

08/06/2012, 00:20 | Lien permanent | Commentaires (0)