Lundi 20 août 2 012 : HORTVS ADONIDIS

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Lundi 20 août 2 012

 

C

ETTE APRÈS-MIDI, en liſant Le Baiſer au lépreux, je n’arrivais plus à faire de diſtinction entre la triſteſſe que m’inſpirait ma lecture & celle où m’a jeté Triſtan depuis qu’il m’a quitté. Même s’il m’eſt déſormais revenu, ou peut-être à cauſe de cela, quand je me vois dans ſes yeux ou que je m’imagine dans ſes penſées, je me ſens auſſi mal conſidéré qu’un Jean Péloueyre. Sans doute ne suis-je pas auſſi laid que ce perſonnage, encore qu’il y ait belle lurette que je n’ai plus la fraîcheur de « ce triomphant & juvénile dieu potager * » qu’eſt le fils de Cadette, mais je reſſens en moi la même impuiſſance que Jean, la même appartenance à la race des eſclaves. Comme à lui, tout mon être eſt conſtruit pour la défaite **. Tout comme lui, jetant « le regard en arrière ſur l’eau griſe de [m]a vie » je pourrais m’écrier : « Quelle ſtagnation *** ! » Pis ! Non ſeulement je n’ai pas avancé, mais j’ai même le ſentiment d’être revenu en arrière, puiſque Triſtan m’a finalement refuſé notre inſtallation commune dans la cité d’Acaris. C’eſt pour rien que je nous ai cherché un logement dans cette ville, que j’en ai viſités, que je m’y voyais déjà inſtallé avec lui. Triſtan préfère y vivre seul. Même de retour, il m’a laiſſé derrière lui. Sans doute ſera-t-il mieux loin de moi, comme l’était Noémi loin de ſon mari Jean Péloueyre. Moi, je reſte enfermé dans Argos, ce petit airial de toits & de rues perdu dans l’immenſe forêt d’Argolide, brûlante Argolide, dont les pins reſſemblent tant à ceux des Landes de Mauriac.

 

Pins

 

* François Mauriac, Le Baiſer au lépreux, 1 922, chapitre I.

** « Il était de ces eſclaves que Nietzſche dénonce : il en diſcernait en lui la mine baſſe ; il portait ſur ſa face une condamnation inéluctable ; tout ſon être était conſtruit pour la défaite […] », ibid.

*** « Le regard en arrière ſur l’eau griſe de ſa vie l’entretenait dans le mépris de ſoi. Quelle ſtagnation ! », op. cit., chapitre XIV.

21/08/2012, 02:24 | Lien permanent | Commentaires (6)

Commentaires

Malgré la tristesse de vos propos, cher Antire, je ne puis m'empêcher de m'enchanter de cette belle image. En êtes-vous l'auteur ?

Écrit par : Philerme | 09/03/2013

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Je ne suis pas, cher Philerme, l'auteur de cette image, que j'ai glanée sur Internet, sans avoir noté (comme trop souvent), qui l'avait produite, et donc sans pouvoir désormais l'indiquer sur cette page, comme il faudrait pourtant...

Écrit par : Antire | 11/03/2013

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(C'est fermé ?)

Écrit par : Pierre | 13/07/2013

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Le baifer au lépreux a-t-il été fatal? Il me femble que fa va faire près d'un an que tu n'écris plus rien. Je commence à m'inquiéter. Pour qui font ces ferpents qui fifflent fur nos têtes?

Écrit par : manutara | 15/07/2013

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Patience, mes amis. Je suis justement en vacances, depuis jeudi dernier et jusqu'au 26 août. Peut-être devrais-je en profiter pour mettre à jour ce blogue. Mais toi, don Esteban, dis-moi donc, depuis combien de temps n'as-tu pas écrit dans ton propre blogue ?

Écrit par : Antire | 15/07/2013

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Oui, mais non, moi c'est pas la même chofe, j'ai un mot d'excufe.

Écrit par : manutara | 15/07/2013

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Les commentaires sont fermés.