Jeudi 30 août 2 012 : HORTVS ADONIDIS

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Jeudi 30 août 2 012


C

ETTE APRÈS-MIDI, j’ai reçu un SMS d’Aſcagne, qui m’annonçait qu’un homme s’était fait poignarder à la terraſſe de ſon bar, hier ſoir, vers minuit. Celui-ci voulait donc que je l’y retrouvaſſe aujourd’hui, après mon travail, pour m’en dire plus, ce que je me ſuis empreſſé de faire bien ſûr dès ſix heures. Une rixe, impliquant preſque inévitablement des Maures, avait commencé dans un autre bar, celui que tient le vieux Pharnace, cette mauvaiſe langue (& donc exquiſe), où nous nous trouvions d’ailleurs encore lundi dernier, Aſcagne & moi, (malgré le mauvais aloi du lieu, qui n’eſt à peu près fréquenté (curieux alliage) que par des bohémiens, des barbareſques & des achriens), pour nous diſtraire de l’abſence de nos amants reſpectifs (& me remettre, moi, des obſèques de la pauvre Ydalie) en nous offrant l’un à l’autre des verres de cette boiſſon aniſée dont on ne peut preſque jamais abuſer, puiſqu’il faut pour ſa conſommation toujours plus d’eau que de liqueur, mais qui m’a fait un peu groſſir, tout de même, depuis une ou deux années que j’ai commencé à en prendre, à cauſe de Lydia, qui avait tellement inſiſté pour m’en faire goûter, lors de Bacchanales d’Argos (en 2 010 ou 2 011), que j’ai en effet fini par y prendre goût, ſans doute même un peu trop, raiſon pour laquelle je ſuis aujourd’hui réduit à devoir ſiroter le plus ſouvent de l’eau gazeuſe agrémentée de rondelles de citron lors de mes ſorties en ville, afin de retrouver une ligne plus conforme à l’idée que je me fais de moi. C’eſt apparemment à cauſe d’un différend au ſujet d’une fille que la bagarre avait commencé entre ces barbareſques. À un moment, la future victime s’était enfuie du bar de Pharnace, & Aſcagne, qui travaillait à ſervir ſes clients, l’avait vue paſſer en courant devant ſon bar & ſe réfugier chez elle, dans un immeuble de la place où ſe trouve la terraſſe de mon ami. Quelques inſtants plus tard, chaſſés du bar de Pharnace, les deux Maures qui s’en étaient pris au voiſin d’Aſcagne étaient venus s’inſtaller à la terraſſe de ce dernier, vraiſemblablement dans le but d’attendre que leur proie, dont ils connaiſſaient l’adreſſe, reſſortît de chez elle. Pour patienter, preuve au moins qu’ils n’étaient pas des Mahométans de la pire eſpèce, les deux canailles burent de la bière, qu’ils avaient pris la peine d’aller commander à l’intérieur du bar (ce fait à ſon importance), & non pas depuis la terraſſe où Aſcagne vient habituellement ſervir ſes clients ou prendre leurs commandes. Dès que ce dernier avait eu le dos tourné pour encaiſſer l’argent des bières, ceux-ci avaient volé les deux couteaux qui ſervent habituellement à découper les citrons dont les rondelles viennent agrémenter l’eau gazeuſe dont je dois me contenter déſormais pour boiſſon. Ces couteaux me ſont d’autant plus familiers que nous les utiliſons auſſi, Aſcagne & moi, pour manger les pizzas qu’Hipponaüs, l’amant de ma ſœur Junie, veut bien nous rapporter parfois du reſtaurant de ſa famille, à la fin de ſon ſervice dans cet établiſſement. Ce ſont ces couteaux qui ſervirent à poignarder le Maure. Celui-ci ayant en effet aperçu, de la fenêtre de ſon appartement, ſes deux ſemblables qui l’attendaient en bas, ‘‘tranquillement’’ inſtallés à la terraſſe d’Aſcagne, était redeſcendu pour en découdre. Mal lui en prit, car il eut l’eſtomac & le poumon percés ! Les couteaux que j’ai ſi ſouvent tenus dans la main pour partager avec le meilleur de mes amis les pizzas d’Hipponaüs, ont ſervi à trancher des chairs humaines au cours d’une tentative de meurtre, à l’endroit même où il nous eſt ſi doux de nous retrouver, mes amis & moi ! Aſcagne m’a dit qu’une des lames s’étant plantée dans un os avait été toute tordue & que la chemiſe quil portait était encore maculée du ſang projeté sur lui au moment où il avait tenté de ſéparer les bêtes furieuſes qui voulaient s’entretuer chez lui, chez nous ! Si ſeulement elles pouvaient ne faire que s’entretuer, combien d’entre nous ſeraient épargnés ! Fort heureuſement, oui, heureuſement, tout de même, puiſqu’il y a ſans doute des hommes ſous ces bêtes, le Maure ne fut pas tué. Mais il s’en fallut de peu, car, comble de l’hiſtoire, c’était un ſans papiers ! Ayant trouvé chez lui refuge (chez lui, c’eſt-à-dire chez la Grecque qu’il a ſéduite & aux crochets de laquelle il vit), enfermé à double tour dans l’appartement de celle-ci, ce demeuré refuſait d’ouvrir la porte à la police & aux ſecours, de peur de finir expulſé, d’après ce que les témoins ont entendu des cris du malheureux, qui n’avait ſans doute plus tous ſes eſprits ! Celui-ci préférait en effet ſe voir crever en Grèce plutôt que vivant en Barbarie, où il eſt pourtant ſi peu vraiſemblable qu’il retourne jamais, ne ſerait-ce que parce que ſa méſaventure lui a permis d’acquérir le ſtatut de victime, qui devrait faire de lui une perſonne quaſi inviolable !


Mis en ligne le 20.VIII.2013

31/08/2012, 02:49 | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.