Jeudi 21 novembre 2 013 : HORTVS ADONIDIS

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Jeudi 21 novembre 2 013

 

M

ON COIFFEUR, qui n’ignore rien de notre ruine, me conſeille de téléphoner à Triſtan, pour tenter de ſavoir, ſous prétexte de prendre de ſes nouvelles, s’il m’eſt encore poſſible d’eſpérer un avenir avec lui. Mais à quoi bon ? Il eſt trop tard. L’être que j’aime encore ne correſpond déjà plus à aucune réalité tangible. Le Triſtan qui hante mes penſées n’eſt qu’une ombre dans ma mémoire, un ſpectre de ſouvenirs obſédants. En quelques ſemaines ſeulement, il ſera devenu quelqu’un d’autre, aura rencontré de nouveaux amis, changé d’habitudes, reçu des promeſſes qui ne ſont pas de moi, découvert de plus vaſtes horizons, ſur leſquels l’ombre chinoiſe de ma pauvre ſilhouette ne ſe découpera plus jamais. S’il attend avec impatience de pouvoir quitter Corinthe à la fin de l’année univerſitaire, ce n’eſt plus parce que lui manquent Acaris ou la pauvre Argolide, ſéjour de ma triſteſſe, mais parce qu’il ne rêve que de ſe réinſtaller encore plus loin de moi, à Athènes, dans cette ville où j’ai ſi peu ma place & qui m’eſt tellement étrangère. Pis encore ! L’Antire qui lui téléphonerait maintenant n’eſt plus celui que Triſtan a connu, admiré & chéri. Cet homme qui ſe croyait vivant eſt bien mort aujourd’hui & n’a peut-être exiſté que par la magie des grands yeux que Triſtan poſait ſur ſon être. Loin de ces regards enchanteurs, Antire eſt redevenu ce pauvre hère qu’il n’avait ſans doute jamais ceſſé d’être intérieurement, oublié des hommes & de Dieu, miſérable, plaintif & corrompu. Je ne pourrais plus parler à Triſtan. Il n’aurait pas pour moi la même oreille & ma bouche eſt ſouillée de baiſers & de corps étrangers.

 

Mis en ligne le 8.IV.2014

21/11/2013, 23:33 | Lien permanent | Commentaires (0)

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