Mercredi 18 décembre 2 013 : HORTVS ADONIDIS

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Mercredi 18 décembre 2 013

 

J

AI REÇU AUJOURD’HUI une lettre électronique de Triſtan, dans laquelle il me plaint d’aller encore ſi mal. Pour ſa part, il m’aſſure avoir tourné la page, puiſque ſelon lui, il y aura quatre mois fin décembre que nous ſerons ſéparés. (Dans ſon eſprit, ſans doute, quatre mois, c’eſt aſſez long pour un tel deuil.) Quatre mois ! Pourtant, ſi je compte bien, il n’y a que deux mois & demi que nous ne ſommes plus enſemble…Triſtan ſemble avoir complètement oublié que nous nous étions réconciliés entre temps ! Je lui fais cette réponſe : « Que tu aies eu ſi rapidement cette force, que tu me ſouhaites d’avoir à mon tour, d’aller de l’avant, de tourner la page, au point que tu fais déjà remonter notre rupture à quatre mois, alors qu’il n’y a que deux mois & demi, me fait conſidérer d’un autre regard l’enſemble de notre liaiſon. Il y a dans ce décalage temporel un ſymbole de toute notre hiſtoire, au fond. Nous n’étions pas vraiment, & encore aujourd’hui, dans la même dimenſion. Voilà pourquoi notre relation ſera terminée pour toi depuis quatre mois fin décembre, alors qu’elle ne l’eſt à mes yeux que depuis un peu plus de deux mois aujourd’hui. La faibleſſe qui eſt la mienne, & qui m’empêche de tourner la page avec autant de facilité que toi, eſt auſſi, paradoxalement, une profondeur : elle eſt mon épaiſſeur, ma matière à moi, mon caractère. Nous n’étions tout bonnement pas de la même pâte, de la même trempe. Je ne veux pas dire par là que nous ne pouvions pas pourſuivre notre liaiſon, qu’elle était vouée à l’échec. Seulement, il y avait dans ce décalage une difficulté bien plus grande que cette diſtance géographique qui s’eſt de nouveau impoſée à nous. Ta faibleſſe à toi, qui était finalement d’être fort, d’aller de l’avant, t’as détourné d’affronter cette moindre difficulté. Je ne te cacherai pas que je me demande à préſent ſi ce petit obſtacle ne t’a pas ſervi de prétexte pour ne plus avoir à affronter le plus grand. Je reſte cependant perſuadé que ce n’eſt pas cette autre difficulté qui a rendu notre relation impoſſible mais, je crois, ta déſertion : il s’eſt trouvé que tu n’as plus eu la volonté de te battre pour ſauver ce qui pouvait l’être. Comment as-tu pu renoncer à nous ? C’eſt ce que je ne m’explique toujours pas. J’ai eu auſſi des moments de découragement, Dieu ſait !, mais je me ſuis toujours reſſaiſi. Tu as manqué de foi en nous, & donc, ſans doute, d’amour pour moi. Je ne t’écris pas cela pour t’accuſer, mais pour te faire comprendre que tu m’as cauſé une très grande bleſſure, qui ne ſe referme pas. Je n’arrive pas à admettre ce dénouement, à concevoir une telle fin pour notre hiſtoire, & c’eſt pourquoi je ne parviens pas à tourner la page. Je ne pourrai ſans doute que la déchirer… Notre mode était l’amour : c’eſt très mal commencer une amitié. »

 

Mis en ligne le 21.VIII.2014

18/12/2013, 01:17 | Lien permanent | Commentaires (0)

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