Vendredi 14 août 2015 : HORTVS ADONIDIS

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Vendredi 14 août 2015

 

077-moineau

 

I

L Y A DEPUIS HIER dans le jardin de la Galerie fabienne un pauvre moineau blessé dont la vision est à vous fendre le cœur. Il peut encore voler, mais jamais très haut ni très loin. La plupart du temps, il reste sans bouger sur une pierre ou dans l’herbe, la tête anormalement penchée vers l’avant, le bec comme planté dans le sol. Sans doute s’est-il blessé à l’intérieur de la Galerie, où je l’ai trouvé la première fois. Il arrive que des oiseaux s’y engouffrent et ne retrouvent plus la sortie. Ils s’assomment parfois contre les murs et les vitres. Celui-ci a dû se briser un os ou s’abîmer quelque muscle du dos. Sa tête en avant et sa nuque exagérément ronde lui donnent l’air d’un minuscule vautour. Je ne connais pas de spectacle plus déchirant qu’un oiseau qui ne peut plus voler et dont le pépiement n’est sans doute plus un chant mais, dans sa langue de moineau, l’expression de l’incompréhension ou de la peur. Si je m’approche trop de lui, il s’envole un peu plus loin, va se cacher dans un recoin, dont il ressort très vite. Sa pensée m’obsède. Je ne peux m’empêcher d’aller dans le jardin vérifier s’il s’y trouve encore, s’il vit toujours, s’il se tient mieux. J’ai versé de l’eau dans le couvercle d’un pot de confiture pour qu’il y boive. Je ne sais comment l’aider. Dois-je le laisser à son sort, dans cet étroit jardin où, par chance, les chats ne s’aventurent pas ? Dois-je le recueillir ? Sans doute finira-t-il par mourir, de toute façon. Je me sens terriblement impuissant face au malheur de cet être insignifiant. Et je me sais un peu ridicule aussi. Pourquoi devrais-je tenter quelque chose ? Je sais bien qu’il n’y a rien à faire et que la nature suit tout simplement son cours. Mais dans ce jardin, et sous mes yeux, cela semble si cruel ! Ce n’est déjà plus un moineau parmi tant d’autres qui souffre là, mais celui que j’ai remarqué, qui occupe mes pensées, qui me ressemble un peu, même. Ce moineau, je le sens palpiter dans ma poitrine. C’est mon cœur que serrent ses petites griffes. C’est un peu de moi qui meurt avec lui.

Mis en ligne le 04.X.2015

15/08/2015, 18:46 | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Ce déchirement, cher Antire, devant un tel spectacle, est peut-être aussi celui que nous éprouvons devant l'oisillon tombé de son nid, qui pépie devant notre totale, notre affreuse impuissance, et que nous savons voué irrémédiablement à une mort très prochaine : ne sachant pas encore user de ses ailes, l'oisillon est, en quelque sorte, aptère ; le moineau dont vous parlez semble l'être redevenu ; et c'est tout le miroir de notre propre fragilité dans le monde qui se dresse devant nous. (Vous voyez bien, cher Antire, que votre ami Philerme n'a pas peur d'apparaître un peu ridicule non plus...)

Écrit par : Philerme | 04/10/2015

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