Samedi 29 aoû2015t : HORTVS ADONIDIS

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Samedi 29 août 2015

 

Ward.wave

 

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AR DESŒUVREMENT, je fais défiler les diverses publications de mes ‘‘amis’’ sur Facebook et, soudain, me sautent aux yeux des photographies de cadavres rejetés par la Méditerranée sur une plage d’Europe ou d’Afrique, du Levant ou d’Anatolie, ce n’est pas précisé. Ce sont surtout des enfants qui sont photographiés. L’un d’eux porte encore des couches. Un garçonnet a le pantalon aux chevilles. Les maillots de tous sont remontés jusqu’aux aisselles et les ventres nus semblent avoir déjà gonflé sous la pression des gaz de la décomposition en cours à moins que ce ne soit à cause du volume d’eau avalé pendant la noyade. Je pense depuis longtemps qu’on ne peut faire de bonne politique avec de bons sentiments. Je devrais ajouter qu’on n’en fait pas avec de sentiments du tout. Mais il est difficile de se tenir à cette règle devant un tel spectacle. J’essaie de garder à l’esprit que ces pauvres gens sont d’abord les victimes de politiques et de guerres menées dans leurs propres pays, qu’ils sont surtout les dupes des canailles qui leur ont promis le passage en Europe pour des sommes indécentes. Mais je ne peux ignorer tout à fait l’inaction, dans ces pays, l’incurie du monde libre, du monde civilisé, je ne sais comment le nommer. Monde heureux, habile, désirable, favori des dieux, du hasard, ou monde simplement parvenu à son meilleur tour dans le cycle des temps ? Quoi qu’il en soit, ce monde supérieur et néanmoins incapable d’aider les foules qui l’envahissent à demeurer chez elles a sa part de responsabilité dans le drame qui se joue dans notre mer, la Méditerranée. Les corps rejetés sur ses rives défigurent l’Europe aussi sûrement que le ferait la submersion migratoire dont elle est menacée. Je ne suis pas naïf au point d’ignorer que la publication de ces photographies relève probablement d’une tentative de manipulation des esprits faibles comme moi par les factions les plus à gauche de la Grèce, qui sont le surmoi d’un pays profondément névrosé. Mais j’ai beau dire, les corps sans vie de ces enfants sont bien là, ou plutôt là-bas, loin de mes yeux. Comment ne pas être touché par cette tragédie ? Comment se fait-il que je ne le sois pas davantage ? En admettant que ce soit l’appât du gain (que fait espérer la trop grande prodigalité de nos pays) qui pousse leurs parents à venir coloniser l’Europe, ces enfants ont-ils d’autres choix que de les suivre ? Ne sont-ils vraiment les victimes que de parents avides, égoïstes, inconscients ? Et d’ailleurs, ne sont-ils les enfants que de leurs parents ? Lorsque c’est la mort qu’ils risquent, n’avons-nous pas tous des devoirs envers eux ? Et j’irai plus loin en ajoutant que même les hommes faits, les mères, les vieillards, sont des enfants. Ils sont les enfants de Dieu, s’il existe, les enfants de la terre et, surtout, les enfants du malheur, du malheur d’exister. Cette civilisation européenne dont le souci de la sauvegarde me pousse à désapprouver l’immigration, légale et illégale, est le lieu d’une obscénité et d’un scandale extraordinaires : c’est un havre de paix, un paradis sur terre, dans lequel un Antire peut se désoler de la mignonne agonie d’un moineau pendant que de l’eau de mer envahit les poumons d’hommes, de femmes et d’enfants qui ont à ses yeux moins de réalité qu’une plume, parce qu’il ne les voit pas. Si l’Europe est encore une civilisation digne de ce nom, l’ambition qu’elle caresse n’est plus le beau taureau blanc du mythe, sous lequel se cachait le roi des dieux, mais un bon gros bœuf tourmenté par la mauvaise conscience comme par une mouche ; seulement c’est par la mouche du coche ! Elle parle, elle s’agite, mais elle ne fait rien d’efficace. Et elle s’attribue des mérites qu’elle est bien loin d’avoir encore.

Mis en ligne le 30.XI.2015

29/08/2015, 23:15 Publié dans 2015, Grèce, Journal | Lien permanent | Commentaires (0)

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