Jeudi 3 septembre 2015 : HORTVS ADONIDIS

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Jeudi 3 septembre 2015

 

I

L Y A UN AN AUJOURD’HUI que la chienne Céladine était à l’article de la mort, du moins le croyais-je à l’époque. En réalité, comme elle ne se nourrissait presque plus depuis des semaines, elle avait eu une crise d’hypoglycémie, qui m’avait fait croire qu’elle vivait ses derniers instants : car lorsque je la posais sur le sol, ses pattes se dérobaient lentement sous elle, qui me fixait d’un regard résigné, avec l’air de s’excuser d’avoir à me quitter déjà. Figé dans ma hauteur d’homme, j’avais le sentiment d’observer le petit corps gisant à mes pieds depuis le bord d’une tombe très profonde. Je croyais revivre le jour où la chienne Coccymèle a perdu la vie. C’était affreux. Le vétérinaire m’avait prévenu qu’il me fallait désormais songer à faire euthanasier Céladine. « Quand devrai-je le faire ? », lui avais-je demandé. Le choix m’appartenait. Dès lors qu’un chien était condamné, il y avait deux options : ou bien mettre un terme à la vie de la bête immédiatement, ou bien attendre le moment où il n’y aurait plus aucune forme d’échange entre celle-ci et son maître, car cela signifierait qu’elle serait alors entièrement repliée sur sa douleur, complètement habitée par la souffrance. Je trouvais odieux, presque contre-nature d’être à ce point le maître d’un chien qu’il me fallait décider jusqu’à l’instant de sa mort. Quel devait être mon choix ? Quel instant serait le plus approprié ? Et surtout qui étais-je pour dire qu’une vie qui n’était pas la mienne, même si m’appartenait celle qui était en train de la perdre, ne méritait plus d’être vécue ? Je possédais la bête, certes, mais la vie de la bête, à qui était-elle ? Cette responsabilité me dépassait complètement. Je ne me sentais pas du tout prêt à l’assumer. Les larmes me montent encore aux yeux en écrivant cela. La chienne Coccymèle avait eu une mort naturelle, et j’allais presque dire heureuse, pour un chien. Son cœur s’était arrêté de battre dans ma main, chez le vétérinaire, tandis que je la portais de la salle d’attente à l’extérieur, pour lui faire faire ses besoins. Ç’avait été pour moi très violent de sentir tout d’un coup la rupture de la vie qui tenait dans ma main, de voir la bête aimée se transformer instantanément en poupée de chiffon toute désarticulée dans mes bras. Cependant, je crois que ç’avait été pour elle une mort douce, une mort enveloppée de son maître, mais sans la décision du maître. J’avais noté dans le journal de Céladine, il y a un an : « A partir de maintenant, tous les jours qu’elle vivra seront des jours en plus, des cadeaux de la vie. » Et il y a donc aujourd’hui un an qu’il nous est offert de vivre encore ensemble, Céladine et moi, de poursuivre la vie commune que nous menons depuis près douze années déjà. Tous les jours, je notais dans son journal l’évolution de son état, que nous pensions devoir se dégrader encore et encore : « Jeudi 4 septembre 2014. Céladine toujours en vie. Diminuée. Avons joué au ballon cette après-midi. Elle courait après la balle, mais beaucoup moins vite qu’à son habitude. Elle aboyait encore de joie, mais d’une voix méconnaissable, beaucoup moins forte, essoufflée, une voix de petite vieille. Entendre ce nouvel aboiement me brise le cœur. N’a rien mangé. » « Vendredi 5 septembre 2014. Céladine toujours en vie. A mangé aujourd’hui (deux biscuits aux graines de sésame et un peu de viande de bœuf). Est-ce l’effet de son traitement ? A joué au ballon chez ma mère. » « Samedi 6 septembre 2014. Céladine s’est nourrie. Légèrement plus gaillarde qu’hier. » Finalement, le traitement que le vétérinaire m’avait présenté comme celui de la dernière chance fut miraculeux. Les corticoïdes, que Céladine prend encore aujourd’hui, mais à des doses assez faibles pour lui donner une bonne espérance de vie, l’ont littéralement ressuscitée. Elle a retrouvé l’appétit et son poids des meilleurs jours. La sclérotique de ses yeux est redevenue blanche. Après avoir perdu presque tout son pelage il y a un an, elle arbore de nouveau l’abondante toison qui me fait aimer passionnément sa race. Son foie, quoique toujours malade, fonctionne aussi bien que possible. Je ne voudrais pas lui porter malheur en le notant dans ce journal, mais j’ai bon espoir de la garder près de moi quelques années encore.

Mis en ligne le 03.XII.2015

03/09/2015, 21:02 Publié dans 2015, Céladine, Coccymèle, Journal | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Je croyais ce blog décédé, aussi ne m'y étais-je plus connecté. Par contre je mesure le passage des années. Quand j'ai connu Céladine, elle était toute jeune et bondissante, elle avait la vie devant elle. Il me semble que c'était hier. Mais non, c'était il y a dix ans. Ma nièce avait une chienne de la même race (ose-t-on encore prononcer ce mot?). Elle a tenu le coup jusqu'à dix-sept ans! C'est vrai qu'à la fin elle avait perdu tout ses poils et était plus ou moins paralysée. Elle portait une tenue rayée comme les forçats américains afin de la protéger du froid. Ma nièce, qui a tendance à voir les choses en rose, trouvait qu'elle allait encore trrrès bien...Pour la déplacer elle la mettait dans une espèce de corset à roulettes et la promenait ainsi dans Paris au bout d'une laisse sans que les pattes touchent le sol...Elle a fait une grosse dépression quand la chienne est morte.

Écrit par : don esteban | 18/02/2016

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