Ballade de la folie d'Attis : HORTVS ADONIDIS

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BALLADE DE LA FOLIE D'ATTIS

 

Stimulatus ibi furenti rabie, uagus animis,

Deuolsit ilei acuto sibi pondera silice.

Catulle, 63, 4-5

 

Quand le vaisseau d’Attis eut atteint ces rivages

Où des ondes sans fond baignent des bois sauvages,

Et que son passager pénétra la Phrygie

De forêts couronnée, une funeste rage

S’empara de son cœur et, comme par magie,

Vint en défigurer la beauté d’effigie.

Ramassant un silex en forme de scalène,

Attis trancha les poids qui lui pendaient à l’aine

Et, tandis que par terre encor son sang dégoutte,

Voici que l’enfant chante un chant à perdre haleine

Et qu’en liesse il adresse à sa suite en déroute :

« Chantez, mes compagnons ! avec moi, chantez toutes ! »

 

Dépêchez-vous d’entrer dans ce noir paysage

Dont la Déesse Mère a fait son apanage !

Cette neige foulez, par notre sang rougie !

Dansez sur les reliefs de notre dépeçage !

Vous qui, tel l’exilé traînant sa nostalgie,

Vous qui cherchez la terre où l’on se réfugie,

Entrez dans notre transe ! entrez dans le domaine

Où règne et nous reçoit la Dame Dindymène !

Vous qui m’avez suivie en cette sombre route,

Souffrez, mes compagnons, qu’avec moi je vous mène

Aux lieux où plus ne sont nos sexes ni nos doutes !

Mes compagnes, chantez avec moi ! chantez toutes !

 

Notre Dame égayez de vos lestes sillages,

Ménades dont la tête est ceinte de feuillages !

Pénétrez où Cybèle a son divin logis

Et vos courses menez, dansants vagabondages,

Où la cymbale tinte et le tympan mugit,

Où le calame courbe accompagne l’orgie !

Allons toutes ensemble au temple où nous entraîne

Notre furieux cortège et que rien ne réfrène !

Allons verser nos chants dessous la sainte voûte

Des forêts du Dindyme ! Allons rendre à la reine

Ce culte de l’Ida qui toutes nous envoûte !

Mes compagnes, chantez avec moi ! chantez toutes ! »

 

Sitôt, mère des dieux, qu’en sa transe inhumaine,

Attis eu prononcé ces paroles obscènes,

Voici que sa cohorte, en s’animant l’écoute,

S’ébranle et crie, ainsi qu’un chœur entrant en scène

Sur les flancs de l’Ida, toute honte dissoute :

« Chantons, mes compagnons, ensemble chantons toutes ! »

 

10.V.2020

10/05/2020, 14:48 | Lien permanent | Commentaires (0)

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