Douzain et ballade : HORTVS ADONIDIS

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(Suite d’Attis. La première partie se trouve ici.)

 

DOUZAIN

 

En plein délire, Attis, divagant, hors d’haleine,

S’accompagnant du timbre, à travers bois les mène,

Génisse s’ébattant exempte de son joug,

Jusques à la demeure où réside la reine.

Là leur vient le sommeil, caresse sur la joue,

Qui voile les regards et les veilles déjoue.

Mais dès que le soleil au visage doré

Eut de son œil radieux les plaines exploré

De l’éther pâle et de la terre et de la mer,

Et qu’il eut repoussé jusques à leurs orées

Les ombres de la nuit, les yeux se ranimèrent

Des gisants desservants de la Déesse Mère.

 

BALLADE DE LA COMPLAINTE D'ATTIS

 

Quand, sauve de sa fièvre, elle fut réveillée,

Et qu’elle se souvint de sa sombre veillée,

Voyant trop clairement ce qu’elle avait perdu,

Attis rejoignit lors la rive ensoleillée.

Là, contemplant la mer, d’une voix abattue,

Elle versa ces mots sur la noire étendue :

« Toi qui m’as mis au monde ! ô ma mère ! ô patrie !

Que se serre mon cœur ! Que mon âme est meurtrie

D’avoir abandonné ta terre, où triomphait

Ma jeunesse fauchée et de songes pétrie !

Il y a sur ma joue encore du duvet !

Que je regrette donc ce que je me suis fait !

 

Fuyant comme un esclave à son maître échappé,

J’ai trouvé pour refuge un parage nappé

Des neiges de l’Ida, tout de glaces tissu,

De fauves animaux et de vide occupé.

Où donc t’ai-je laissé, pays où je reçus

La vie ? Où donc sont ceux qui, un jour, m’ont conçu ?

Que je suis loin des miens, mes amis, ma fratrie !

Loin du stade où j’étais une gloire chérie !

Quels traits n’ai-je pas eus, moi qui fus un éphèbe,

Un athlète, un garçon, cette femme qui crie,

Moi qui revêts ici le fruit de mon forfait ?

Que je regrette donc ce que je me suis fait !

 

J’étais dans le gymnase un amant passionné,

Dans la palestre un dieu par tous ovationné !

Dans sa joyeuse fièvre une foule éperdue,

Au seuil de ma maison tout de fleurs couronné,

Quand je quittais ma couche, à l’aurore rendu,

Faisait un chant d’oiseaux d’un hommage éperdu !

Et j’aurai pour séjour les neiges de Phrygie ?

Au pied du mont Ida, serai-je une vigie

Condamnée à guetter sangliers et gorets,

A gîter dans ces bois par les fauves régis,

Voisine de la biche, ombre de ces forêts ?

Que je regrette donc ce que je me suis fait !

 

Déesse, sans courroux entends cette élégie

Et pardonne, Cybèle, à celui qui ci-gît :

De moi-même amputé, pleurant ce que j’avais,

Ménade désormais menant ta liturgie,

Me voici devenu de ton culte un préfet.

Que je regrette donc ce que je me suis fait ! »

 

15.V.2020

15/05/2020, 22:44 | Lien permanent | Commentaires (0)

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