animaux : HORTVS ADONIDIS

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Lundi 17 août 2015

 

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ASSER MORTVVS EST Comme je m’y attendais, je l’ai trouvé sans vie, ce matin, dans le petit jardin de la Galerie fabienne, toute grâce envolée. Même son plumage avait un aspect cartonneux. Le sort des oiseaux morts trop près des hommes est de finir dans une poubelle. N’est-il pas paradoxal que je sois si pitoyable à la souffrance des animaux alors que j’ai tellement aimé la tauromachie ? Mais c’est surtout les tauromaques que j’admirais. J’étais transporté par les dangers qu’ils couraient sous mes yeux. Les plus jeunes d’entre eux, surtout, m’excitaient. C’était exaltant de voir ces garçons adolescents et virils à la fois se mesurer aux taureaux et souiller leurs beaux costumes du sang qu’ils répandaient. Je ne devrais pas le dire, mais j’espérais presque l’accident, le moment où la corne les déchirerait ou les projetterait dans l’air. Ce qui était beau pour moi, c’était la vie humaine menacée, la mort regardée en face et bravée. Contrairement aux véritables amateurs, je n’avais pas la passion exigeante du taureau. D’ailleurs, quand celui-ci surgissait tout gaillard et bondissant dans l’amphithéâtre, il me faisait souvent penser à ma chienne Céladine lorsqu’elle fait son entrée dans une pièce, pareillement confiante et fiérote. Mais j’étais invariablement attristé par la mise à mort du taureau, je ne parle pas du moment où l’épée le transperçait, mais de celui, qui ne fait déjà plus partie du spectacle, où il est achevé. Dans une course de taureau, on considère que le fauve est mort quand ses pattes se dérobent sous lui et qu’il s’effondre sur le sable. Plus la chute survient rapidement et meilleure est jugée la mise à mort. Dès que le corps du taureau touche le sol, les applaudissements de la foule éclatent. Mais pendant que tous les yeux sont tournés vers le tauromaque, moi, c’est celui que personne n’aperçoit déjà plus que je regarde, c’est la bête couchée sur le sable, agonisante et que des mains expertes achèvent au poignard. Tous les regards sont alors détournés, braqués sur le tauromaque victorieux. Indécence indescriptible de la liesse du public, obscénité de sa profonde indifférence au taureau pendant ses derniers instants. Je suis bien content de ne plus avoir les moyens d’assister à ce spectacle foncièrement immoral et dont je me suis hélas toujours très bien accommodé jusque-là. Devenu naturellement plus soucieux du bien-être des animaux depuis que je m’efforce, avec bien des peines encore il est vrai, de supprimer toute viande de mon alimentation, je crois que je me mépriserais davantage encore si je continuais à venir assister à de ces mascarades tauromachiques, qui peuvent être sublimes, certes, mais du fait de leur hideur-même. La tauromachie, c’est le spectacle humain par excellence : c’est la mise en scène de l’homme à l’œuvre, de l’homme à son chef-d’œuvre même : c’est la célébration de sa supériorité sur tout ce qui l’entoure parce qu’il peut le détruire, c’est l’homme s’affirmant dans sa perfection par le massacre.

Taureau mort

 

Mis en ligne le 20.X.2015

17/08/2015, 22:13 Publié dans 2015, Céladine, Galerie fabienne, Journal | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tauromachie, animaux