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30/10/2019

Ballade des cinq doigts

 

François Villon, Catulle de la France,

Qui, moins bien né que celui d’Italie,

Dut partager des pauvres la souffrance,

Où se trouvait sa source Castalie,

Dont il vida les flots jusqu’à la lie,

Ne connut pas d’aussi dure misère

Que celle dont les Parques me visèrent

En me privant d’aucun ami compter

Sur les deux poings qu’elles m’improvisèrent,

Dont chacun n’est que de cinq doigts lesté.

 

J’aurai passé toute mon existence

A composer un visage pâli

Et, pour autrui, comme sans consistance,

Faute d’avoir connu, depuis le lit

Où je suis né jusques à l’hallali

Que sonnera la mort à mon désert,

L’exemple de l’amour, dont fus disert ;

Mais coutumier, je ne l’ai pas été.

Mes pauvres poings n’ont serré que les airs,

Dont chacun n’est que de cinq doigts lesté.

 

Je suis bien las de vivre de navrance,

De solitude et de mélancolie.

Est-ce qu’en vain j’attends la délivrance ?

Il reste en moi comme assez de folie

Pour ne trouver que la mort est jolie

Que de loin. Mais, Moire m’étant mégère,

Faut-il qu’amour me demeure étrangère ?

N’y a-t-il pas, contre un mur éclatés,

Deux poings cherchant comme moi l’âme chère,

Dont chacun n’est que de cinq doigts lesté ?

 

Princes rêvés, si jamais me croisèrent

D’entre vous deux ou trois qui poings n’osèrent

D’un coup de foudre à ma face porter,

Dites-leur que j’en rêve (et n’exagère !),

Dont chacun n’est que de cinq doigts lesté.

28.X.2019

30/10/2019, 20:51 | Lien permanent | Commentaires (0)