HORTVS ADONIDIS

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(Fin du poème d’Attis. Les deux premières parties se trouvent ici et .)

 

DOUZAIN

 

(Que je comprends, Attis, l’accent de ta complainte !

Que je connais la mort dans tes stances dépeinte !

Une ombre adolescente encore en mon dédale

Divague à la recherche et de coups et d’étreintes.

Je crois sentir encore à mon pied le scandale

Qui me fit à ton âge enlever mes sandales

Et me perdre, pieds nus, dans les bois de mémoire,

Dans les neiges d’oubli, esclave de ma Moire.

J’ai connu comme toi ce désastreux chagrin

Que d’avoir perdu tout ce dont j’avais l’espoir.

Que je comprends, Attis, le feu d’être sans frein

Et que résonne en moi l’écho de ton refrain !)

 

BALLADE DE LA COLÈRE DE CYBÈLE

 

Quand la plainte d’Attis eu débordé l’orée

De sa bouche de rose et sa phrase éplorée

Atteint des hautes tours les dangereux parages,

Cybèle, se voyant n’être plus adorée,

Détacha ses deux lions de leur bel attelage

Et, furieuse, excita d’entre eux le plus sauvage :

« Allons ! dit-elle, allons ! ma bête fauve, cours !

Que ta traque suscite en mes bois le retour

D’une factieuse à qui le trouble m’est odieux !

Fasses qu’en la terreur de ta funeste courre

Elle sache combien, dans l’ombre de mes lieux,

Terrible est le courroux de la mère des dieux !

 

Je veux la jeune Attis à ta vue apeurée,

Je la veux de démence à nouveau dévorée !

Frappe donc de ta queue à ton fauve pelage !

Fustige-toi l’échine aux flammes colorée !

Que tes rugissements déversent un orage

Qui partout retentisse en ces profonds passages !

Qu’Attis apprenne enfin ce qu’une impie encourt !

Lorsqu’elle apercevra la crinière au pourtour

De ta gueule aux blancs crocs et ton cou musculeux,

Qu’entre son souffle brusque et ses cris au secours,

On l’entende hurler d’un aboi fabuleux :

‘‘Terrible est le courroux de la reine des dieux !’’ »

 

Quand la divinité de créneaux atourée

Eut confié à son lion ces menaces outrées,

Le fléau des troupeaux, porteur de son message,

S’élança, frémissant, à travers la contrée,

D’une course rapide écorchant les herbages,

Jusques à joindre Attis aux grèves du rivage.

Là, d’un bond, il fait fuir en le sombre alentour

Tout de bois recouvert, l’enfant devenu sourd

Aux voix de la raison. Là, depuis lors, gracieux

Dans sa jeunesse encore, Attis vague toujours,

Beau, fou, esclave, hélas ! de redoutables cieux.

Terrible est le courroux de la mère des dieux !

 

Maîtresse du Dindyme aux pentes de velours,

Aux forêts dont le comble est blanc de neige et lourd,

Puisses-tu ne jamais sur moi poser tes yeux

Ni me laisser en proie aux affres de l’amour !

Car je ne sais que trop qu’en ces bois mystérieux,

Terrible est le courroux de la mère des dieux !

 

17.V.2020

17/05/2020, 18:37 | Lien permanent | Commentaires (0)

(Suite d’Attis. La première partie se trouve ici.)

 

DOUZAIN

 

En plein délire, Attis, divagant, hors d’haleine,

S’accompagnant du timbre, à travers bois les mène,

Génisse s’ébattant exempte de son joug,

Jusques à la demeure où réside la reine.

Là leur vient le sommeil, caresse sur la joue,

Qui voile les regards et les veilles déjoue.

Mais dès que le soleil au visage doré

Eut de son œil radieux les plaines exploré

De l’éther pâle et de la terre et de la mer,

Et qu’il eut repoussé jusques à leurs orées

Les ombres de la nuit, les yeux se ranimèrent

Des gisants desservants de la Déesse Mère.

 

BALLADE DE LA COMPLAINTE D'ATTIS

 

Quand, sauve de sa fièvre, elle fut réveillée,

Et qu’elle se souvint de sa sombre veillée,

Voyant trop clairement ce qu’elle avait perdu,

Attis rejoignit lors la rive ensoleillée.

Là, contemplant la mer, d’une voix abattue,

Elle versa ces mots sur la noire étendue :

« Toi qui m’as mis au monde ! ô ma mère ! ô patrie !

Que se serre mon cœur ! Que mon âme est meurtrie

D’avoir abandonné ta terre, où triomphait

Ma jeunesse fauchée et de songes pétrie !

Il y a sur ma joue encore du duvet !

Que je regrette donc ce que je me suis fait !

 

Fuyant comme un esclave à son maître échappé,

J’ai trouvé pour refuge un parage nappé

Des neiges de l’Ida, tout de glaces tissu,

De fauves animaux et de vide occupé.

Où donc t’ai-je laissé, pays où je reçus

La vie ? Où donc sont ceux qui, un jour, m’ont conçu ?

Que je suis loin des miens, mes amis, ma fratrie !

Loin du stade où j’étais une gloire chérie !

Quels traits n’ai-je pas eus, moi qui fus un éphèbe,

Un athlète, un garçon, cette femme qui crie,

Moi qui revêts ici le fruit de mon forfait ?

Que je regrette donc ce que je me suis fait !

 

J’étais dans le gymnase un amant passionné,

Dans la palestre un dieu par tous ovationné !

Dans sa joyeuse fièvre une foule éperdue,

Au seuil de ma maison tout de fleurs couronné,

Quand je quittais ma couche, à l’aurore rendu,

Faisait un chant d’oiseaux d’un hommage éperdu !

Et j’aurai pour séjour les neiges de Phrygie ?

Au pied du mont Ida, serai-je une vigie

Condamnée à guetter sangliers et gorets,

A gîter dans ces bois par les fauves régis,

Voisine de la biche, ombre de ces forêts ?

Que je regrette donc ce que je me suis fait !

 

Déesse, sans courroux entends cette élégie

Et pardonne, Cybèle, à celui qui ci-gît :

De moi-même amputé, pleurant ce que j’avais,

Ménade désormais menant ta liturgie,

Me voici devenu de ton culte un préfet.

Que je regrette donc ce que je me suis fait ! »

 

15.V.2020

15/05/2020, 22:44 | Lien permanent | Commentaires (0)

Extrait de mon journal

 

Voici ce que j’écrivais tout à l’heure dans mon journal. Peut-être un lecteur saura-t-il m’éclairer et me détromper !

 

Mont-de-Marsan, dimanche 10 mai 2020, trois heures et demie, l’après-midi. J’ai écrit hier et ce matin une ballade sur la folie d’Attis, d’après le début de Catulle, 63, dont je ne suis pas mécontent du tout. Il y avait longtemps que je voulais écrire une ballade en alexandrins. Mais je ne pouvais me résoudre à le faire sans suivre cette règle de la ballade, qui veut qu’il y ait autant de vers dans les couplets que de syllabes dans le vers. Il me fallait donc une strophe de 12 vers qui fût construite sur un système restreint de rimes, comme c’est le cas du dizain (construit sur 4 rimes et non sur 5). Je ne sais comment m’est miraculeusement venue hier l’idée pourtant simple d’ajouter au dizain un premier et un dernier vers rimant respectivement avec le vers suivant et le vers précédent. Le résultat est un douzain construit sur 4 rimes, exactement comme le dizain. Ma culture poétique est si maigre que j’ignore si cette strophe existe ailleurs. Pour tout dire, elle me semble être le développement si naturel du dizain que le contraire m’étonnerait. Mais grâce à mon inculture, j’ai non seulement depuis hier le sentiment exaltant d’avoir inventé ce douzain, mais même un nouveau poème à forme fixe : la ballade régulière en alexandrins !

10/05/2020, 16:15 | Lien permanent | Commentaires (0)

BALLADE DE LA FOLIE D'ATTIS

 

Stimulatus ibi furenti rabie, uagus animis,

Deuolsit ilei acuto sibi pondera silice.

Catulle, 63, 4-5

 

Quand le vaisseau d’Attis eut atteint ces rivages

Où des ondes sans fond baignent des bois sauvages,

Et que son passager pénétra la Phrygie

De forêts couronnée, une funeste rage

S’empara de son cœur et, comme par magie,

Vint en défigurer la beauté d’effigie.

Ramassant un silex en forme de scalène,

Attis trancha les poids qui lui pendaient à l’aine

Et, tandis que par terre encor son sang dégoutte,

Voici que l’enfant chante un chant à perdre haleine

Et qu’en liesse il adresse à sa suite en déroute :

« Chantez, mes compagnons ! avec moi, chantez toutes ! »

 

Dépêchez-vous d’entrer dans ce noir paysage

Dont la Déesse Mère a fait son apanage !

Cette neige foulez, par notre sang rougie !

Dansez sur les reliefs de notre dépeçage !

Vous qui, tel l’exilé traînant sa nostalgie,

Vous qui cherchez la terre où l’on se réfugie,

Entrez dans notre transe ! entrez dans le domaine

Où règne et nous reçoit la Dame Dindymène !

Vous qui m’avez suivie en cette sombre route,

Souffrez, mes compagnons, qu’avec moi je vous mène

Aux lieux où plus ne sont nos sexes ni nos doutes !

Mes compagnes, chantez avec moi ! chantez toutes !

 

Notre Dame égayez de vos lestes sillages,

Ménades dont la tête est ceinte de feuillages !

Pénétrez où Cybèle a son divin logis

Et vos courses menez, dansants vagabondages,

Où la cymbale tinte et le tympan mugit,

Où le calame courbe accompagne l’orgie !

Allons toutes ensemble au temple où nous entraîne

Notre furieux cortège et que rien ne réfrène !

Allons verser nos chants dessous la sainte voûte

Des forêts du Dindyme ! Allons rendre à la reine

Ce culte de l’Ida qui toutes nous envoûte !

Mes compagnes, chantez avec moi ! chantez toutes ! »

 

Sitôt, mère des dieux, qu’en sa transe inhumaine,

Attis eu prononcé ces paroles obscènes,

Voici que sa cohorte, en s’animant l’écoute,

S’ébranle et crie, ainsi qu’un chœur entrant en scène

Sur les flancs de l’Ida, toute honte dissoute :

« Chantons, mes compagnons, ensemble chantons toutes ! »

 

10.V.2020

10/05/2020, 14:48 | Lien permanent | Commentaires (0)

Quand, rendu fou d’amour, il prit l’amour en haine,

Le tendre Attis trancha les poids entre ses aines !

8.V.2020

(Cf. Catulle, 63, 5)

08/05/2020, 15:52 | Lien permanent | Commentaires (0)

Des premiers de ce mois, c’est le plus simple et gai :

Deux vers composeront notre brin de muguet !

1.V.2020

01/05/2020, 15:10 | Lien permanent | Commentaires (0)

Ballade des confinés

 

Dans un gracieux casier d’argent

Volette et chante une perruche.

Du boulevard privé de gens

Ne monte plus aucun grabuge.

Quand sur sa branche elle se juche,

Elle n’entend plus bourdonner

Qu’au toit le peuple d’une ruche.

Tel est l’aspect d’un confiné.

 

Après avoir, d’un expédient,

Déjoué de Cicéron l’embûche,

Dans une chambre d’étudiant,

Un beau jeune homme se paluche,

Dont le voisin regamahuche

La voisine. Un contaminé

Quitte son lit, tousse et trébuche.

Tel est l’aspect d’un confiné.

 

Enfant de la canine gent,

Clarinette avec sa peluche,

De sa fenêtre envisageant

La triste rue, écoute et juge,

En connaisseuse, le déluge

Des notes du concert donné

Par Olivier, son camarluche.

Tel est l’aspect d’un confiné.

 

Enfin, de son piano transfuge,

Son maître vient noter ces nuges,

A la Catulle, et dessiner

En vers (d’ennui le subterfuge)

Quel est l’aspect d’un confiné.

17.IV.2020

18/04/2020, 00:02 | Lien permanent | Commentaires (0)

Que j’aime vos effets, divine impéritie !

Grâce à vous l’on découvre où demeurer ici.

11.IV.2020

(Vingt-sixième jour de confinement)

11/04/2020, 11:10 | Lien permanent | Commentaires (0)

Double ballade de Macron le simplet

 

« Wie schrie der laut : ‘‘Auch du, mein Sohn !’’ »

Brecht, Salomonsong

 

Souviens-toi donc du prince bondieusard,

Le sage Salomon, roi d’Israël,

Qui fit à Dieu ce superbe alcazar

Au cœur de Sion, souvenir irréel

Que détruisit un prince de Babel.

Qu’il était sage et de savoirs orné !

Il eût souhaité de ne pas être né,

Tant il savait que buée est sans appas !

C’est la sagesse, hélas, qui l’a mené

A cet extrême. Heureux qui n’en a pas !

 

Et souviens-toi de celle au nez camard,

Ou d’aigle, ou retroussé, mais qui, si belle,

Fut la reine du Nil. Ce cauchemar

D’Antoine, le Romain, cette Cybèle,

Le rendit fou d’amour, et c’est pour elle

Qu’il perdit tout, et jusques à ce nez

Si volontaire et si bien dessiné !

Car Cléopâtre aussi fut au trépas.

C’est la beauté qui les aura menés

A cette ruine. Heureux qui n’en a pas !

 

Et souviens-toi du dictateur César,

Cet audacieux trônant sur un autel

En plein cœur du sénat, qui, à l’instar

D’un dieu, commandait à tous les mortels.

Savait-il donc l’instant sacramentel

Si près d’échoir lorsque, d’amis cerné,

Il vit d’abord son fils l’assassiner ?

Ah ! Que son cri, en grec, tous les frappa !

C’est son audace, encor, qui l’a mené

Jusqu’à sa perte. Heureux qui n’en a pas !

 

Et souviens-toi de Mackie du poignard,

Ce souteneur de maintes Jézabels,

Cet égorgeur, cet oiseau charognard,

Caïn de soi et de tous les Abels,

Et passionné de tripots et bordels,

Qui fut trahi par un plus affiné.

Si son bon roi ne l’avait blasonné,

Il aurait fait des corbeaux le repas.

C’est la passion qui l’a failli mener

A la potence. Heureux qui n’en a pas !

 

Et maintenant, ce mignon des couguars,

Ce Jupiter, tombé tout droit du ciel,

Que fait-il donc ? Il s’amuse au briscard !

Il a passé ces jours pestilentiels

A jouer à la guerre ! Un colonel,

Jugé grivois, a dû démissionner

Qui jouait au docteur, trop dominé

Par l’appendice utile à ses ébats.

Macron, c’est son esprit qui l’a mené

Jusqu’à l’Olympe. Heureux qui n’en a pas !

 

A son côté, des lieutenants tocards,

Hommes de cour aux airs superficiels,

Vont pavanant. Son préfet des flicards

Sur les agonisants répand son fiel

Et son héraut, faute de matériel,

Nous divertit par sa stupidité.

Pendant ce temps gagne l’obscurité.

Et l’on entend crier à qui tombe à

L’instant en sa dernière extrémité :

« Pas toi, mon fils ! » Heureux qui n’en a pas !

 

Prince Jésus, pardonne à l’aliéné

Qui nous gouverne et nous a confinés.

N’espère point de lui mea-culpa.

Crois m’en, Seigneur, rien ne sert d’assener

La morale à l’heureux qui n’en a pas !

8.IV.2020

08/04/2020, 17:26 | Lien permanent | Commentaires (0)

Et l’on vit à la fin Benjamin l’ithyphalle

S’écrier tel Mackie du couteau : « Gut – ich falle. »

15.II.2020

(Benjamin Griveaux)

15/02/2020, 20:22 | Lien permanent | Commentaires (0)