HORTVS ADONIDIS

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

 

Lundi 25 juin 2 012

 

T

RISTAN commençait aujourd’hui ſon ſtage dans un cabinet d’avocats d’Athènes. Ce ſtage était évidemment prévu de longue date, raiſon pour laquelle ce dernier n’avait d’ailleurs initialement l’intention de quitter Argos qu’hier plutôt que jeudi paſſé, mais à préſent que nous ſommes ſéparés, même ſi ce ſtage ne doit durer qu’un mois, il prend pour moi la dimenſion d’une éternité, puiſqu’il conſtitue pour Triſtan la première étape d’un parcours qui l’éloigne & le mène vraiſemblablement vers une vie où je ne ſerai plus jamais.

26/06/2012, 02:19 | Lien permanent | Commentaires (5)

 

Samedi 23 juin 2 012

 

J

E SUIS ALLÉ allé chercher Triſtan mardi ſoir à la gare de Trézène. Définitivement rentré de la véritable Grèce, il devait reſter chez moi juſqu’à demain dimanche. Pendant le trajet en voiture, entre Trézène & Argos, celui-ci m’a dit qu’il avait pris goût à la douceur de la vie qu’il avait pu mener dans cet autre pays pendant près de neuf mois : il s’était habitué à avoir beaucoup de temps libre, il était déſeſpéré à l’idée de ne plus en avoir à l’avenir, il n’avait plus envie de faire ſon ſtage dans un cabinet d’avocats au mois de juillet, il ne ſavait d’ailleurs plus s’il voulait toujours devenir avocat, ni même s’il tenait encore au grand projet qui était le nôtre depuis des mois de nous inſtaller enſemble dans la ville d’Acaris après ce ſtage : il s’était trop accoutumé à l’indépendance & à la liberté pour enviſager ſereinement cette vie de couple que j’avais pourtant cru qu’il avait déſirée tellement plus que moi juſqu’alors. Le lendemain, mercredi, il a dit qu’il ne m’aimait plus autant qu’avant. Il avait beſoin de réfléchir & voulait que nous fiſſions une pauſe, même ſi je reſtais ‘‘ſon Antire’’, comme il a cru bon d’ajouter. Jeudi matin, il a préféré abréger ſon ſéjour ici. Je l’ai conduit à la gare d’Argos, où il a pris le train d’onze heures pour Athènes. Le ſoir, au téléphone, il m’a dit qu’il ne ſe ſentait pas le droit de me faire attendre davantage & qu’il me rendait donc ma liberté, bref : que nous n’étions plus enſemble, qu’il me quittait. Je m’attendais ſi peu à cette rupture que je ſuis effondré. Alors que j’étais à pleine viteſſe dans la courſe qu’il m’avait demandé d’entamer pour lui, c’eſt comme s’il m’avait arrêté d’un violent coup de poing dans l’eſtomac. Je ne ſais plus ſi je pourrai de nouveau reſpirer l’air un jour. Je ne peux plus bouger. Je ne peux plus parler. Je ne peux plus rien faire. Je ne peux plus. Je me ſens comme au cinéma, comme une femme trahie, abandonnée. Je n’arrive plus qu’à me regarder. Je me ſens incapable, impuiſſant, émaſculé. Je ne comprends pas. Je n’ai rien vu venir. Et maintenant je ne vois plus rien. 

24/06/2012, 02:25 | Lien permanent | Commentaires (0)

 

Samedi 16 juin 2 012

 

T

RISTAN, à qui j’en ai parlé, me raillait tout à l’heure, pendant notre téléphonage, d’avoir donné à mon nouveau blogue une typographie auſſi archaïſante. Il trouve en effet que c’eſt une grande perte de temps que de changer, ligne après ligne, la conjonction et par l’eſperluette ou la plupart des s par cette ancienne graphie, qui reſſemble à celle de l’f, & dont je dois confeſſer que j’ignore ſi elle porte un nom particulier. Il me fait également remarquer, à très juſte titre, que la lecture en ligne de mon journal n’en ſera rendue que plus difficile. Mais pourquoi donc la typographie devrait-elle néceſſairement ſervir à faciliter la lecture ? Et ſi, au contraire, j’avais adopté celle-ci pour décourager les internautes importuns ou pour tromper un peu les moteurs de recherche ?

17/06/2012, 03:15 | Lien permanent | Commentaires (0)

 

Jeudi 14 juin 2 012

 

T

RISTAN a décidé de m’interdire de nommer névroſe ce qu’il préfère appeler ſon problème ! Peu lui importe que ce problème ſoit préciſément ce qu’on appelle une névroſe : il ne veut pas que je lui colle d’étiquette… J’ai tenté de lui expliquer que mon intention, en recourant à cette notion, n’était évidemment pas de l’y réduire, mais de trouver à ſa lumière le moyen d’un plus grand diſcernement qui, nous aidant à trouver une iſſue à ces dialogues de ſourds où nous nous égarons ſi ſouvent, nous préſerve de l’affliction d’en reſſortir aveugles par ſurcroît ! Il faut bien que Triſtan comprenne, à la fin, que s’il eſt ſi affecté, par exemple, que je n’aie pas répondu à un SMS que je ne ſavais pas même avoir reçu, pour n’avoir pas toujours mon téléphone à portée de main, il n’y a pas de ma faute, ni de la ſienne, d’ailleurs, mais de la névroſe, comme il y en a lorſque j’éprouve preſque de la douleur à recevoir un baiſer, alors que je puis en donner ſans peine. Mais Triſtan ne ſemble pas vouloir en démordre : le fait que ce ſoit moi qui ai, le premier, donné à ſon ‘‘problème’’ le nom de névroſe, lui eſt intolérable. Il y voit une manifeſtation de l’aſcendant que je voudrais exercer ſur lui contre ſon gré. Et ſans doute a-t-il d’ailleurs en partie raiſon, car je ne puis nier qu’il me faut conſtamment veiller à ne pas ſuivre ma pente naturelle, ſans hélas toujours de ſuccès, pour ne pas lui faire ſubir ma domination. Après tout, de quel droit lui impoſerais-je ma terminologie ? N’eſt-il pas libre d’appeler problème ſa névroſe ? Cela vaut tout de même mieux que de la nommer fragilité, comme il a également propoſé de faire, mais que, pour le coup, je ne puis vraiment pas me réſoudre à accepter, tant il eſt vrai que je me heurte durement à cette fragilité comme à un mur édifié pour m’empriſonner. Quelle liberté Triſtan peut-il eſpérer trouver dans le déni ? Il me ſemble évident que le fait que celui-ci refuſe de nommer ſa névroſe, au prétexte que c’eſt moi qui, le premier, l’ai reconnue comme telle, n’en eſt qu’une manifeſtation ſupplémentaire. Sa grande peur étant qu’on l’abandonne, la penſée qu’on puiſſe lui trouver une faibleſſe, un défaut, la moindre infériorité, la plus petite faille, rouvre un gouffre en lui, dans lequel il s’abîme immanquablement. Il craint qu’on le trouve moins aimable à cauſe de ſes imperfections, comme on jugeait que n’étaient pas viables, dans la Grèce antique, les nourriſſons nés avec une tare & qu’on jetait aux corbeaux. Triſtan eſt un Prométhée enchaîné à cette peur des corbeaux qui lui dévore les entrailles.

15/06/2012, 01:26 | Lien permanent | Commentaires (0)

 

Jeudi 7 juin 2 012

 

A

UJOURD’HUI avait lieu le procès de Mégalorge, l’homme qui m’avait agreſſé en novembre 2 011, pendant que j’étais en train de faire ce qui allait devenir à cauſe de lui ma dernière diſtribution hebdomadaire de proſpectus pour la ſociété ΑΔΞ. À l’entrée du Bouleutérion, le garde chargé du contrôle des perſonnes a commencé par m’expliquer que l’audience correctionnelle de deux heures commencerait à deux heures & demie & que j’avais donc largement le temps d’aller faire un tour en attendant… Comme je n’étais pas d’humeur à flâner, mais tout à mon inquiétude de devoir bientôt me trouver en la préſence de l’individu qui m’avait moleſté, devant un public à qui les plaideurs ſe feraient un devoir de ne rien celer de la couardiſe d’un Antire qui n’avait pas même été capable de ſe défendre du premier ivrogne venu ; preſſé de pénétrer dans ce lieu où je ne ſouhaitais pas me trouver, afin de me rapprocher du moment où j’en pourrais ſortir enfin, j’ai préféré demander au garde s’il ne m’était pas poſſible d’entrer quand même dans le Bouleutérion puiſque, après tout, les portes étaient ouvertes. C’était poſſible, en effet, mais le garde en convint avec cette mauvaiſe grâce ſi propre aux agents de la police, qui ſont ſans doute plus habitués à faire reſpecter ce qui eſt interdit plutôt qu’à rappeler ce qui eſt permis. Dans la ſalle des pas perdus, Mégalorge eſt venu s’aſſeoir ſur le ſiège immédiatement voiſin du mien, probablement dans le but de m’intimider. Il s’eſt alors très élégamment employé à retirer les chauſſures de ſes pieds, comme pour en faire tomber des grains de ſable qui s’y ſeraient logés… Dans la ſalle d’audience, en attendant notre paſſage, c’eſt moi qui ſuis allé m’aſſeoir tout devant lui, pour lui faire ſavoir que ſa préſence dans mon dos ne m’effrayait en rien & pour m’éviter d’avoir à poſer mes yeux ſur ſa perſonne. Ont d’abord été traitées, comme je crois que c’eſt l’uſage, les affaires dont les prévenus purgeaient déjà des peines d’empriſonnement, ſans doute pour leur permettre de rejoindre leurs geôles au plus tôt. Je dois à la vérité de dire que ſur les deux priſonniers, un ſeul portait un nom barbareſque, grâce à quoi la moitié ſeulement de la population carcérale préſente à l’audience était d’origine étrangère, l’autre prévenu étant un Grec d’origine grecque. Quant au reſte de l’aſſemblée, c’étaient, m’a-t-il ſemblé, des égyptiens qui la compoſaient plutôt que des mahométans, abſtraction faite, évidemment, des magiſtrats, des plaideurs & de moi. Et de Mégalorge ! Reconnaiſſons-lui au moins cette qualité. Le premier à être jugé était donc ce Grec qui purgeait déjà une peine de priſon, pour avoir incendié la roulotte de ſon rival amoureux. Il était pourſuivi cette fois pour le vol du téléphone portable de celle qui avait fini par ſe détourner de lui. C’eſt au cours de la perquiſition au domicile de l’incendiaire, lors de l’enquête ſur la deſtruction de la roulotte, que le téléphone, dont le vol avait été ſignalé quelque temps plus tôt par la belle indifférente, avait été retrouvé. Toute la défenſe de mon Grec qui, je ne m’en aviſe que maintenant, devait bien être un peu bohémien lui auſſi, pour s’être fait voler ſa belle par un homme à roulotte, était de dire qu’il avait trouvé le téléphone au ſortir d’un dancing, par terre, & qu’il était le premier étonné d’apprendre qu’il s’agiſſait juſtement de celui de ſa déloyale promiſe. Peu convaincant, il fut condamné à une peine de quatre mois d’empriſonnement ferme. Quant au Maure, il était pourſuivi pour outrage à agent dépoſitaire de l’autorité publique, puiſqu’il avait copieuſement injurié une gardienne de ſa priſon, dont il prétendait être la tête de Turc. Il l’avait même un temps ſoupçonnée d’être raciſte, crut-il bon d’ajouter, avant d’apprendre qu’elle avait un nom barbareſque elle auſſi. Je me demande ſi le juge n’a pas été un peu ſévère de condamner à un mois ſupplémentaire d’empriſonnement notre homme, qui devait être libéré à la fin de juin. Vint enſuite notre tour. Mégalorge ne conteſtait pas les faits de violence, mais leur accompliſſement en état d’ivreſſe. Car ſi ſa première intention, quand celui-ci fut interrogé par les enquêteurs, avait été préciſément d’alléguer cet état, fit remarquer le miniſtère public, ayant appris enſuite de ſon avocat le caractère aggravant de cette circonſtance, il lui importait à préſent de la démentir. Toute cette audience avait quelque choſe d’extrêmement relâché. Le préſident ſe montrait ſouvent railleur avec les prévenus ; le ſubſtitut du procureur s’exprimait à peu près comme une poiſſonnière ; l’un des plaideurs faiſait des pataquès ; il y eut deux coupures d’électricité & toute l’aſſemblée dut une fois évacuer le Bouleutérion à cauſe du déclenchement de l’alarme. Mais malgré ce relâchement général, j’étais quant à moi ſi ſoucieux de me tenir, ſi occupé à me donner un air impaſſible, pour ne pas me laiſſer atteindre par les très subtiles inſinuations de l’avocat de Mégalorge qui, pour mon malheur, m’a ſemblé être le plus brillant des plaideurs, que je ſuis ſorti des débats complètement épuiſé, ſans autre moyen, pour me remettre un peu, que d’aller à la ſupérette, chercher un paquet de ces œufs en chocolat de telle marque qui me font perdre tout contrôle, toute meſure, & que je mange ſans pouvoir m’arrêter tant que le ſachet n’eſt pas vide, raiſon pour laquelle j’eſſaie de m’interdire abſolument d’en acheter, hélas ſans grand ſuccès.

08/06/2012, 00:20 | Lien permanent | Commentaires (0)

 

Mercredi 30 mai 2 012

 

H

IER APRÈS-MIDI, au ΚΔΔΠ, j’ai eu à répondre à l’appel téléphonique de la documentaliſte de je ne ſais plus quel collège d’Argolide, qui m’a demandé, d’une voix héſitante (comme ſi elle ne ſavait pas elle-même de quoi il s’agiſſait), ſi nous n’avions pas dans notre médiathèque des documents ſur le Dédé… Avait-elle bien dit « le Dédé » ? Mais qu’était-ce donc que cet énergumène ? Il y avait certes aſſez de familiarité dans ce nom pour convenir au titre de quelque ‘‘album jeuneſſe’’, mais tout de même, je n’arrivais pas à en croire mes oreilles. Il me fallut donc faire répéter à mon interlocutrice ſur quoi portait exactement ſa requête. « Vous ſavez, me répondit-elle, je recherche des documents pour le D.D. de la Seconde Guerre mondiale… » Mais hélas, comme à chaque fois que j’entends l’un de ces ſigles dont eſt preſque excluſivement conſtitué le jargon de l’Éducation hellénique, je ne ſavais pas, mais abſolument pas de quoi il pouvait bien être queſtion… Que ſignifiaient donc ces deux lettres cachotières ? Quel Diplôme Dériſoire, quel Diſpenſable Document embelliſſaient-elles de leur pompe adminiſtrative ? Ne pouvant me réſoudre à faire entrevoir l’ampleur de mon ignorance à cette dame qui me demandait une choſe aſſez ſimple, après tout, pour tenir dans deux lettres, mais au contraire ſoucieux de me montrer au moins auſſi profeſſionnel qu’elle, je fis le choix de m’en tenir à une raiſonnable prudence, en lui promettant de la rappeler dès que j’aurais les réſultats de la recherche qu’elle m’avait demandée. Grimaltide, ma collègue libraire, qui maîtriſe à la perfection le jargon pédagogico-inſtitutionnel, ſaurait bien me renſeigner… Comme ſouvent, c’eſt après que j’eus raccroché que la lumière ſe fit dans mon eſprit. Mauvaiſe angliciſte, la dame cherchait ſans doute tout ſimplement des documents en rapport avec le Jour J, dont la commémoration approche. D Day, diſent les Anglais, à moins qu’il ne faille écrire D-Day ou D-day, je ne ſais. Je ſuis chaque jour plus étonné de la nullité de certains des maîtres & profeſſeurs que l’on a chargé d’inſtruire la jeuneſſe grecque. Je pourrais agrémenter quotidiennement ce journal de perles des maîtres (comme a fait un marronnier des perles du bac une preſſe évidemment experte en huîtres perlières, pour en être elle-même de la plus belle eſpèce). Contentons-nous pour aujourd’hui de ce meſſage électronique d’une inſtitutrice remplaçante, dont une des tâches eſt donc vraiſemblablement d’enſeigner la grammaire & l’orthographe aux élèves. Cet email m’avait ſemblé à la fois ſi extravagant & caractériſtique que j’avais pris la peine de le recopier : « Bonſoir, / Pour des raiſons profeſſionnelles, je ne pourrais vous ramener les livres que j’avais emprunté le 25 mai. [Elle veut dire qu’elle ne pourra pas rapporter le 25 mai les livres qu’elle avait empruntés un mois plus tôt environ.] Serait-il poſſible de vous les rendre mercredi prochain le 30 mai ? / En vous remerciant par avance. Cordialement. / Unetelle. »

31/05/2012, 01:45 | Lien permanent | Commentaires (0)

 

Mercredi 16 mai 2 012

 

J

E NE SAIS pourquoi j’ai eu envie de relire ce ſoir les textes que Dominique Autié avait conſacrés dans ſon blogue à la typographie (Cf. l’index, ſub verbo). Peut-être eſt-ce l’imminence de l’anniverſaire de ſa mort qui m’a fait vouloir lui rendre cette viſite ‘‘virtuelle’’. Ou bien étais-je d’abord venu le conſulter dans l’eſpoir de trouver quelque réponſe, qui m’aide à me retrouver dans ma bibliothèque, où les livres achetés ſe perdent à force d’attendre que leur y ſoit attribuée une juſte place, que je n’arrive pas à définir, faute d’un principe directeur qui me convienne pour leur claſſement. S’il a été très ſimple de décider & de mettre en œuvre une ſtricte ſégrégation entre les livres de poche & les autres livres de la bibliothèque, comment ranger ces derniers ? Séparer les livres de ſeconde main des neufs ſemble s’impoſer aſſez naturellement à moi. Mais puis-je décemment, parmi les livres de ſeconde main, ranger enſemble ceux qui ſont couſus & ceux qui ne le ſont pas ? Et comment faire tenir enſemble des livres de formats ſi divers ? Dois-je les ranger par collections ? Mettre encore à part les livres reliés ? Puis-je vraiment mettre côte à côte des livres d’époques différentes ? Où donc ſerait la place du plus précieux de mes livres, le ſeul en ſon genre, actuellement, dans ma bibliothèque, que m’avait offert don Eſteban, il y a quelques années ; trois livres, en réalité, mais reliés en un ſeul volume : les poéſies de Catulle commentées par Marc-Antoine Muret, celles de Tibulle puis celles de Properce, commentées par le même & publiées par Paul Manuce, à Veniſe, en 1 558 ? Voici la deſcription qu’en donne Renouard dans ſes Annales de l’imprimerie des Aldes, pages 420 & 421 du premier tome de l’édition de 1 825 :

   « CATVLLVS, & in evm Commentarivs M. Antonii Mvreti. ab eodem correcti & ſcholiis illuſtrati, Tibvllvs, & Propertivs. – Venetiis, ALDVS. M.  D.  LVIII. In-8°.

    « Chacun de ces poètes a ſon titre ſéparé, & eſt précédé d’une préface de Muret, dont la première, pour Catulle, eſt la même que dans l’édition de 1 554. Celle de Tibulle eſt adreſſée à Torquato Bembo, fils de Pietro, & datée de Padoue, Non. Mai. 1 558 ; & celle du Properce, à Fr. Gonzaga, auſſi datée de Padoue, Kal. ſext. 1 558.

    « Les chiffres & les ſignatures recommencent à chacun ; de ſorte qu’on peut ſans inconvénient ſéparer ou réunir à ſon gré ces trois parties, dont la première a 147 feuillets & un d’errata ; la ſeconde 57 & un d’errata ; la troiſième 93, deux d’errata & un blanc.

    « Dans une de ſes lettres à P. Manuce, page 15 de l’édition de Paris, 1 580, in-8°, Muret dit : ‘‘ſi fieri poſſet ut ſex aut ſeptem Tibulli regia charta deſcriberentur, eſſet mihi ſummopere gratum : hac de re ipſe ſtatuas.’’ J’ignore ſi les exemplaires demandés par Muret ont été tirés ; mais on voit par cette lettre que la fantaiſie des grands papiers a été de tous les temps, & que même de bons eſprits ne la dédaignoient pas. »

    Mais Dominique Autié relevait, dans L’ordinaire & le propre des livres, que la bibliophilie pourrait être beaucoup plus ancienne. Voici en effet ce qu’il écrivait à ce ſujet dans le chapitre XV de ſa Petite philocalie : « Dans le bref mais lumineux article de l’Encyclopædia Univerſalis qu’il conſacre à la bibliophilie (auquel je me ſuis déjà référé ici), Jacques Guignard, conſervateur en chef de la bibliothèque de l’Arſenal, mentionne trois indices hiſtoriques d’une pratique qui ne ſera ainſi nommée qu’à la fin de l’époque moderne : le ſoin des Aſſyro-Babyloniens à protéger dans un étui de terre cuite les tablettes (en terre, elles auſſi) ſur leſquelles ils conſervaient leurs écrits ; Grecs & Romains enroulaient le papyrus de leurs volumen autour de bâtons d’ivoire qu’ils rehauſſaient d’embouts orfévrés ; il rappelle enfin qu’on a mis au jour, dans l’une des demeures d’Herculanum, une bibliothèque dans laquelle ſe trouvaient pluſieurs copies d’une même œuvre. » ſi je ſuis toujours de ce monde en 2 058, c’eſt un livre vieux de cinq cents ans que je pourrai alors tenir entre les mains, quand l’envie me viendra de feuilleter ce Catulle. Je me demande ſi Triſtan ſera toujours avec moi en 2 058 ou ſi mes manies auront eu raiſon de ſon amour. Il ne m’a d’ailleurs pas été ſimple de lui faire entendre que nous ne pourrions pas mélanger nos livres une fois inſtallés enſemble dans la ville d’Acaris. Sans doute la perſpective de cette inſtallation dans une cité dont je ſuis loin de ne garder que de bons ſouvenirs eſt-elle pour beaucoup dans l’inconfort que me cauſe l’impoſſibilité où je ſuis de ranger mes livres d’une manière qui me convienne. Si je n’arrive pas à les ranger, c’eſt parce que Triſtan & la préparation de nos projets communs dérangent profondément mes habitudes. Le déſordre ne règne dans ma bibliothèque qu’en proportion du trouble dont ma vie eſt gagnée. Les murs de ma demeure s’effritent, s’effondrent par endroits, dont les véritables pierres ſont les livres. Où ranger les livres, quand je ne ſais pas moi-même où ſera ma place ? Je me ſens perdu juſqu’au ſein de ce qui eſt encore, pour quelque temps, ma propre demeure.

17/05/2012, 01:23 | Lien permanent | Commentaires (6)

 

Mercredi 9 mai 2 012

 

E

UGÈNE, mon couſin de France, qui ne s’eſt jamais tant ouvert à moi que depuis qu’il a fini par révéler à notre famille ſon goût pour les garçons, m’a confié dernièrement qu’Euphorion, ſon jeune amant, qu’il ne peut pas voir très souvent, à cauſe de la grande diſtance qui les ſépare habituellement l’un de l’autre (le garçon faiſant ſes études dans une ville fort éloignée de celle où vit Eugène), ſe connectait parfois à des ſites achriens ſur Internet, non pas tant pour faire des rencontres phyſiques que purement webmatiques, afin d’agrémenter de converſations à caractère érotique voire, occaſionnellement, de la viſion de perſonnes ſe filmant dans le plus ſimple appareil en train de manier leur virilité lors de dits plans cam, une activité ſexuelle réduite à être le plus ſouvent ſolitaire. Eugène dit accepter aiſément ces façons, qu’il ne juge pas plus condamnables que, par exemple, la fréquentation de ſites pornographiques. Loin de conſidérer ces agiſſements comme des écarts de conduite, mon couſin y voit plutôt le plus ſûr expédient pour empêcher qu’Euphorion ne ſoit tenté de le tromper. Sa tolérance & ſa confiance en ſon ami ſont d’ailleurs ſi grandes qu’il eſt allé juſqu’à permettre au garçon de ſe faire de nouvelles connaiſſances dans la communauté achrienne de la ville où il réſide, ce dernier n’ayant pas trouvé à ſe lier avec des camarades étudiants qu’il trouve de trop grands ſottiſe & conformiſme, ce que je n’ai guère de mal à croire, s’ils ſont, comme il eſt fort à craindre, de la même ſorte que ceux dont eſt affligé Triſtan. M’étonne davantage le fait qu’Eugène ſemble penſer qu’Euphorion ait de plus grandes chances de trouver au milieu du bétail achrien la moindre trace d’intelligence ou d’indépendance d’eſprit… Mais là n’eſt pas la queſtion ! Eugène s’inquiète de ce qu’Euphorion l’ayant pris au mot ait fini par ſe lier d’amitié avec une perſonne qu’il a rencontrée ſur l’un de ces ſites qu’il n’eſt cenſé fréquenter que dans le but de trouver un éphémère accompagnement viſuel aux activités ſolitaires dont ſon âge eſt ſi coutumier. S’étant aperçu qu’un certain Vatinius, donnons-lui ce nom, n’était pas aſſez phyſiquement à ſon goût pour lui ſervir d’adjuvant dans le déduit, Euphorion l’a néanmoins eſtimé aſſez prometteur pour s’en faire l’un de ces amis qu’Eugène l’avait juſtement exhorté à ſe trouver. A préſent, ce dernier eſt fort contrarié à l’idée que Vatinius, qu’il ſera peut-être amené à rencontrer, ſi devait durer la regrettable amitié que s’eſt mis à lui porter Euphorion, garde à l’eſprit l’ambiguïté du premier abord, auquel préſidait la pulſion ſexuelle. Car ſi mon couſin & ſon amant ſavent pouvoir ſe faire confiance, il ſemble que Vatinius veuille au contraire eſpérer quelque infidélité d’Euphorion, dont il eſt d’autant plus fondé à le croire capable qu’il lui ſemble l’avoir déjà ſurpris en train d’en commettre une, même ſi elle n’était que ‘‘virtuelle’’ & partant bien légère, & qu’Eugène l’avait d’ailleurs permiſe… Mais ſi elle était permiſe, ce n’eſt que parce qu’elle devait être ſans lendemain, c’eſt-à-dire ſans conſéquence. Ce qui n’était qu’un péché véniel a pris l’ampleur du péché originel : il entache une amitié qui ſera toujours ſuſpecte aux yeux d’Eugène, & que le diabolique Vatinius ne trouvera jamais aſſez coupable. Mon pauvre couſin ſe voit donc affublé des cornes virtuelles d’un cocu en puiſſance, du moins dans l’eſprit de Vatinius, car Euphorion eſt paradoxalement trop innocent pour pouvoir en imaginer au front de ſon amant. Cette confidence de mon couſin m’a aidé à mieux comprendre la raiſon pour laquelle Triſtan voyait ce journal d’un ſi mauvais œil. Je crois qu’il tient mes lecteurs pour autant de Vatinius, ſuſceptibles, à cauſe du péché originel que conſtitue à ſes yeux ce qu’il appelle, à tort ou à raiſon, mon ‘‘impitoyable acuité’’, mais à laquelle il ſemble prêter bien des caractères de l’aveuglement, de ſe méprendre (en me prêtant par exemple des intentions ou des faibleſſes qui pourraient démentir l’amour que je lui porte) ſur l’importance qu’il a réellement pour moi.

10/05/2012, 01:27 | Lien permanent | Commentaires (4)

 

Lundi 23 avril 2 012

 

S

IMALGRÉ mes bonnes réſolutions du 8 avril, je n’ai pas écrit dans ce journal depuis le 10, c’eſt parce que j’avais à me conſacrer à Triſtan, qui était venu de la véritable Grèce paſſer ſes vacances à Argos, près de moi. Je l’ai reconduit hier dimanche à la gare de Trézène, après être allé donner mon vote à Pélagie Képhala au premier tour de l’élection préſidentielle, ce dont Triſtan ne manquerait pas de rougir devant ſes amis, puiſque, ſelon la verte Evita Péronnelle, candidate oncologiſte à cette élection, « les ſuffrages donnés à Mme Képhala ſont comme une tumeur maligne dans le tiſſu ſain de la République hellénique, une tache indélébile au fond de la culotte immaculée de la Grèce »… Je n’oſe imaginer par quels termes Péronnelle déſignait les prévenus dont elle inſtruiſait les doſſiers lorſqu’elle était juge. On devine avec quelle facilité elle aurait été, ſelon la formule conſacrée, la préſidente de tous les Grecs ſi, par malheur, elle avait été élue. Dieu merci, dans ſa ‘‘courſe aux honneurs’’, Péronnelle n’a trouvé que celui d’être « Madame Dix fois moins », comme a dit je ne ſais plus quel lieutenant de Pélagie Képhala comparant les ſcores de celle-ci & celle-là ! Pendant tout le temps que je me conſacrais donc à Triſtan, j’ai tout de même entrepris de donner à ce journal, pour ſon nouveau départ, une nouvelle adreſſe ſur la Toile. Après avoir créé un compte ſur Blogger, puis un autre ſur Wordpreſs, pour en teſter les fonctionnalités, qui ne m’ont pas ſatiſfait ou dont j’ai trop peiné à comprendre l’utiliſation, quand ce n’était pas l’utilité, j’ai fini par m’aviſer que le plus ſimple était encore de garder le même blogue, d’en changer le titre & d’en vider l’ancien contenu, qui devrait donc s’ajouter à celui de l’Adonidocèpe, dans une très hypothétique future édition papier de mon journal. Après donc Le Jardinet d’Antire, l’Adonidocèpe & δώνιδος κπος, voici déſormais : Hortus Adonidis. Le propre de ces ſortes de jardins n’eſt-il pas, après tout, de mourir & renaître ſans ceſſe ? C’eſt durant une de mes expérimentations ſur Wordpreſs que je me ſuis fait ſurprendre par un Triſtan qui, pris d’un de ſes accès de tendreſſe, était venu s’aſſeoir un inſtant près de moi, entre deux chapitres de la lecture qu’il avait en cours, notre habitude étant généralement d’occuper un canapé différent chacun. Bien ſûr, j’avais eu le réflexe de ‘‘réduire’’ la fenêtre où je m’affairais, mais c’était ſans compter ſur le flair de mon jeune eſpion, dont les yeux ſe poſèrent immédiatement ſur la ‘‘barre des tâches’’, où il n’eut apparemment aucun mal à lire ſur l’onglet correſpondant à la fenêtre réduite, malgré la mauvaiſe vue qu’il prétend avoir, les lettres « tableau de bo… », qu’il lui fut d’autant plus ſimple de traduire par ‘‘tableau de bord’’ que, tenant lui-même un blogue ſur Wordpreſs (dans lequel il conſigne quelques-unes de ſes obſervations ſur la véritable Grèce, où il pourſuit actuellement ſes études), il en connaît parfaitement la terminologie. L’idée de la publication de ce journal déplaît fort à Triſtan, dont la grande peur (c’eſt ſa névroſe) eſt d’être jugé négativement par autrui, c’eſt-à-dire par les internautes en l’occurrence, perſuadé qu’il eſt que je ne peux dire de lui que du mal, comme ſi mes lecteurs n’avaient pas conſcience que ce qui était rapporté dans ce journal, l’étant par moi, était néceſſairement ſujet à caution, non pas tant à cauſe de ma poſſible mauvaiſe foi que tout ſimplement de l’impoſſibilité qu’il y a pour tout homme de conſidérer le monde autrement que par ſes propres yeux, même lorſque ſon intention eſt de corriger ſa vue ou d’emprunter celle d’autrui, ces adaptations n’étant elles-mêmes opérées qu’en fonction d’une idée qu’on ſe fait, ſoit de la diſtance qu’il y aurait entre la réalité & l’image qu’on en a, ſoit de l’écart qu’on ſuppoſe entre ſes propres vues & celles de quiconque. J’eſpère que mes lecteurs ont la ſageſſe de ne pas prendre tout ce que j’écris pour argent comptant ! Une autre grande peur de Triſtan eſt de me voir l’aimer moins. Or il ſemble trouver dans la tenue de ce journal la preuve-même d’un moindre amour de ma part, comme s’il craignait que ma tentative de conſidérer parfois ici ce ſentiment d’un regard objectif n’impliquât pour moi la tentation de me détourner de l’objet qui l’inſpire. Mais ne faut-il pas s’éloigner de l’objet, pour pouvoir lui revenir ? Ne faut-il pas de temps en temps l’aimer moins, pour l’aimer davantage ? Ces conſidérations, s’il les connaiſſait, ſeraient une bleſſure évidemment cruelle pour Triſtan, & plus encore le fait que je les partage dans ce journal. Car s’il lui importe tant que je lui montre un amour aveugle, peut-être lui tient-il encore plus à cœur d’en éblouir le monde, comme s’il voulait que nous fuſſions ſoleil, lui, & moi, qui ſuis hélas ſi lunatique. Il m’aime comme un adoleſcent.

24/04/2012, 04:13 | Lien permanent | Commentaires (0)

 

Mardi 10 avril 2 012

 

T

RISTAN s’eſt montré particulièrement pénible, hier ſoir, pendant notre téléphonage. Après avoir commencé par me reprocher de ne pas avoir répondu la veille aux SMS qu’il m’avait envoyés pendant la ſoirée (qu’il ſe trouve que je paſſais chez ma mère, laquelle nous avait invités à dîner, Hipponaüs, ma ſœur Junie & moi, mais où je m’étais rendu ſans le cordon d’alimentation de mon téléphone portable, dont la batterie s’eſt malheureusement vidée pendant nos agapes), celui-ci a voulu que j’entreprenne de le raſſurer, parce qu’il ſe ſentait de plus en plus effrayé à l’idée de devoir paſſer aujourd’hui un entretien pour ſe faire accepter comme ſtagiaire dans un cabinet d’avocats cet été. Malheureuſement, je dois confeſſer que la mercuriale de Triſtan au ſujet des SMS m’avait trop échauffé pour que je puſſe me montrer d’une grande efficacité dans mes tentatives pour l’apaiſer, ce qu’ayant conſtaté celui-ci n’a bien évidemment pas manqué de me reprocher, m’ôtant ainſi tout eſpoir de le ſatiſfaire, trop occupé que je me retrouvais, par ſa faute, à m’interdire de lui tenir des propos plus propres à m’apaiſer moi plutôt que lui, c’eſt-à-dire éminemment ſuſceptibles d’aggraver encore l’état dont j’étais cenſé le ſortir. Il n’eſt pas rare que Triſtan exige de moi des comportements que m’empêche abſolument d’adopter ſans un effort ſurhumain les états dans leſquels il m’aura d’abord preſque toujours inévitablement mis ! Ce paradoxe eſt ſi fréquent que je me demande s’il n’eſt pas un ſymptôme de ſa propre névroſe : quelque choſe pouſſe Triſtan à me demander l’impoſſible ! Mais ſans doute y a-t-il auſſi de ma névroſe dans cette impoſſibilité : il eſt des états dont je n’arrive pas à me ſortir quand il ſerait pourtant urgent que j’en ſorte pour l’apaiſement de Triſtan. Peut-être faut-il ajouter à nos deux névroſes reſpectives une troiſième, commune à nous deux, qui ſerait celle de notre couple.

11/04/2012, 02:09 | Lien permanent | Commentaires (4)