HORTVS ADONIDIS

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Dimanche 12 août 2 012

 

N

OUS SOMMES allés en France, hier, Triſtan & moi, où nous voulions viſiter le domaine de Malagar, non loin de la petite ville de Langon. S’il s’en trouve dans Les Demeures de l’eſprit, notre habitude eſt de lire, avant ou pendant notre viſite, les chapitres que Renaud Camus a pu conſacrer aux lieux que nous explorons. Comme ſouvent, Triſtan & moi étions en parfait déſaccord ſur la beauté du payſage, je veux dire celui qu’on peut obſerver depuis la terraſſe de Malagar : il le trouvait beau, & moi, moi qui deviens très influençable (pour ne pas dire franchement fanatique) dès que tombe entre mes mains un livre de Camus, j’avais évidemment fait mien, à propos de ce payſage, le jugement ſans appel du « ‘‘maître de Plieux’’ » (comme dit je ne ſais plus qui), dont j’avais d’ailleurs fini par me faire un tel magiſter elegantiarum, un ſi ſévère maître à penſer, qu’il avait fallu me réſoudre à ne plus le lire, depuis quelques années, dans l’eſpoir de redevenir un peu (un peu ſeulement, mais ma main tremble en l’écrivant), un peu moi-même ! « Il n’empêche que », écrit donc Renaud Camus, « la phraſe * ſur le payſage nous déſole, maintenant, lorſque nous la liſons là où nous la liſons, parce que, d’audacieuſe qu’elle était mais point invraiſemblable (ce dut être très beau en effet, cette plaine de vignes &, derrière elle, à l’infini, cette immenſe étendue frémiſſantes de pins), elle eſt devenue dériſoire **. » Les laideurs au milieu du payſage ne dérangeaient pas Triſtan. Il ne ſemblait pas les voir. « Comment diſtinguer ce qui eſt beau », m’a-t-il demandé, « de ce qui ne l’eſt pas ? ANTIRE – Je l’ignore… Comment être incommodé par le laid, ſi l’on n’a pas appris que ce l’était ? Comment peut-on ſavoir ce qui eſt beau, ſi cela ne nous a pas été enſeigné ? On n’eſt pas incommodé par la laideur, parce qu’elle nous eſt quotidienne. Elle eſt notre décor. Il me ſemble parfois que je dois me forcer à être attriſté par elle : mon premier mouvement eſt d’y être habitué, de l’accepter, de ne pas y prêter attention, de ne pas même la voir… Il me faut faire un effort de concentration pour m’apercevoir qu’elle ſaute aux yeux ! TRISTAN – Mais qui nous enſeigne la beauté ? ANTIRE – Les poètes, les peintres. Les compoſitions de ceux-ci, les mots de ceux-là nous éduquent. Ils forment notre goût & nous ouvrent les yeux. Sans doute, par exemple, n’aurais-je jamais vraiment ſu ce qu’était un beau payſage ſi je n’avais pas lu Renaud Camus, ſi celui-ci n’avait pas attiré mon attention ſur ce qui les gâche. Peut-on croire que les payſagiſtes auraient peint des hangars dans leurs tableaux ? TRISTAN – Mais pourquoi pas ? Ne peignaient-ils pas des ruines ? Et ne trouvons-nous pas de la beauté à celles-ci ? Peut-être les hangars finiraient-ils par être beaux, s’ils devenaient des ruines. ANTIRE – Il faudrait qu’ils ſoient faits pour durer. La camelote n’a pas le privilège de tomber en ruine (mais il faudrait dire : ‘‘s’élever en ruine’’ !) : elle rouille, elle coule, elle fond, pourrit & devient cadavre. TRISTAN – Mais juſtement, Baudelaire n’a-t-il pas fait un poème de la décompoſition d’une charogne ? Ne vîmes-nous pas dans les payſages de David Hockney, à Bilbao, lors de l’expoſition qui lui était conſacrée, des pylônes électriques & des panneaux de ſignaliſation ? Si ce ſont les poètes & les peintres qui forment notre goût, n’ont-ils donc pas auſſi conféré de la beauté aux charognes, aux panneaux, aux pylônes, aux uſines, à la camelote ? ANTIRE – C’eſt Oſcar Wilde, je crois, qui diſait que la beauté eſt dans les yeux de celui qui regarde. Ne confondons pas la beauté qui ne ſe trouve que dans les tableaux, c’eſt-à-dire dans le regard, avec celle dont l’eſpace eſt le monde. Il y a la beauté des choſes, & la beauté du regard ſur les choſes. Il n’eſt pas impoſſible que les peintres & les poètes aient eu leur part de reſponſabilité dans l’enlaidiſſement du monde, en donnant après coup la caution de leur art au déſaſtre. Moi qui ai toujours trouvé ſimpliſte l’idée reçue que la liberté des uns s’arrête où commence celle des autres, je ſerais tenté de l’adapter à notre converſation en diſant que la beauté des hangars en ruine & des uſines abandonnées s’arrête où commence celle des ciels & des payſages. La beauté des regards s’interrompt quand ceſſe l’homme & commence la nature. Une beauté plus vaſte exiſtait avant nous, c’était la beauté réſervée à l’œil de Dieu ſeul. La peinture nous l’enſeigne d’ailleurs auſſi, qui nous a ſi ſouvent montré des payſages déſerts, c’eſt-à-dire où l’homme n’eſt pas, ou n’eſt plus qu’à l’état de trace, de ſouvenir, d’abſence à peine devinée dans ces ruines devenues tellement plus réelles que nous, tellement mieux faites pour ces payſages que nous pour ce qu’elles furent & que ce qu’elles furent pour nous… »


abc

 

* « Tant pis ! J’oſerai dire ce que je penſe : payſage le plus beau du monde, à mes yeux, palpitant, fraternel, ſeul à connaître ce que je ſais, ſeul à ſe ſouvenir des viſages détruits dont je ne parle plus à perſonne, & dont le vent, au crépuſcule après un jour torride, eſt le ſouffle vivant, chaud, d’une créature de Dieu (comme ſi ma mère m’embraſſait). Ô terre qui reſpire ! » François Mauriac cité par Renaud camus dans Demeures de l’eſprit, France I, Sud-Oueſt, Éditions Fayard, 2 008, page 58.

** Op. cit., pages 58-59.

13/08/2012, 01:35 | Lien permanent | Commentaires (0)

 

Samedi 11 août 2 012


J

E ME SUIS diſputé hier avec Triſtan (qui eſt arrivé d’Athènes mardi 31 juillet) au ſujet de ſon futur emménagement dans la cité d’Acaris (où il s’eſt rendu mardi dernier pour viſiter des appartements). Celui-ci ne veut pas comprendre qu’il m’eſt impoſſible d’enviſager de l’aider à s’inſtaller dans un logement acaridien qui, il n’y a pas ſi longtemps encore, ne devait pas être ſeulement le ſien, mais le nôtre ! Ce ſerait remuer le couteau dans la plaie. Bien que Triſtan ſoit, à mon avis, & de loin, le moins irréprochables de nous deux, c’eſt lui qui trouve le plus de remontrances à me faire ! Ainſi me réprimandait-il tout à l’heure pour avoir paſſé ſans lui, ‘‘Chez Suzarion’’, la ſoirée de mercredi. Nous nous étions en effet diſputés encore une fois, & j’avais préféré changer d’air, le temps d’un ſoir, plutôt que de reſter près de lui, dans une atmoſphère ſuffocante pour nous deux. Son grief conſiſtait donc à me blâmer d’avoir pris une telle liberté, alors que notre relation, à peine repriſe (l’avais-je déjà noté dans ce journal ?) ſerait encore très fragile. Mais ſi vraiment Triſtan a une telle conſcience de la fragilité de nos liens, que ne ſe montre-t-il pas plus délicat lui auſſi, lui le premier ? N’était-ce pas une grande indélicateſſe de ſa part que de me demander mon aide pour ſon inſtallation dans la ville d’Acaris ? Il faut à nos rapports de la réciprocité.

 

 

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12/08/2012, 03:35 | Lien permanent | Commentaires (0)

 

Vendredi 27 juillet 2 012

 

L

ES BACCHANNALES d’Argos ſont paſſées depuis pluſieurs jours maintenant. Heureuſement qu’il y eut ces fêtes pour m’aider à me diſtraire un peu de Triſtan, de ſon indécence & du mal qu’il me fait. J’ai dit l’autre jour que l’une des raiſons qui l’avaient empêché d’enviſager notre inſtallation commune dans la cité d’Acaris, c’était la peur qu’il avait d’être quitté à ſon tour (par crainte que je ne ſois moins attaché à lui depuis qu’il s’était lui-même détaché de moi en me quittant) & de ſe retrouver donc ſeul dans une ville inconnue. Même ſi nous avions fini par nous réconcilier depuis ſa trahiſon, Triſtan s’était donc mis à la recherche d’un logement dans Athènes pour la prochaine année univerſitaire. Mais découragé par le montant exorbitant des loyers dans cette ville, qui lui promettaient une exiſtence faite de manques & de fruſtrations, alors qu’il s’était habitué à vivre un peu plus largement lors de ſon ſéjour dans la véritable Grèce, l’idée lui vint ſoudain de pourſuivre ſes études dans Acaris, où les loyers ſont moins élevés, & (comme ſi ſa peur avait entièrement diſparu) de s’y établir donc ſeul, c’eſt-à-dire ſans moi, puiſqu’ayant perdu toute confiance en lui, je n’ai plus du tout l’intention, pour ma part, de m’inſtaller dans cette ville avec Triſtan, pour les mêmes raiſons, d’ailleurs, que celles qui l’avaient d’abord empêché lui de l’enviſager avec moi : par peur de m’y retrouver finalement ſans perſonne, de dépenſer donc inutilement beaucoup d’argent (en caution, frais d’agence, de déménagement, etc.) & de perdre pour rien le grand confort de vie que j’ai dans Argos, où ſe trouvent ma famille, mes amis & mes biens. Je fus cruellement bleſſé par ce retournement de ſituation. Non ſeulement Triſtan avait mis un terme, en me quittant, à notre projet d’inſtallation commune dans la cité d’Acaris, mais encore avait-il pris la déciſion d’y vivre finalement ſans moi ! Je me ſentais trahi une ſeconde fois. Pis ! Voilà maintenant qu’il enviſage la poſſibilité, par ſouci d’économie, d’avoir un colocataire, c’eſt-à-dire de vivre dans Acaris ſans moi, mais avec quelqu’un d’autre !

28/07/2012, 00:43 | Lien permanent | Commentaires (1)

 

Samedi 14 juillet 2 012

 

T

RISTAN m’a dit tout à l’heure en pleurant qu’il m’aimait encore, mais que l’empêchait déſormais d’enviſager une inſtallation commune dans la cité d’Acaris la crainte qu’il a du reſſentiment que je pourrais garder contre lui, à cauſe de ſa fuite récente, & qui riſquerait de m’avoir rendu paradoxalement moins captif à mon tour, c’eſt-à-dire beaucoup plus ſuſceptible de lui échapper, de l’abandonner dans une ville où il ne connaîtrait perſonne. Or, dès les premiers jours que nous imaginâmes de vivre enſemble dans Acaris, Triſtan m’avait fait part de cette grande peur : il ne voulait en aucun cas ſe retrouver ſeul dans des lieux inconnus & loin des ſiens. C’eſt la raiſon pour laquelle il avait exigé que je m’engageaſſe à demeurer au moins deux ans près de lui, le temps qu’il terminât ſon maſter (après quoi il aurait pu retourner à Athènes pourſuivre ſes études) ou bien qu’il s’implantât aſſez ſolidement dans Acaris pour pouvoir y vivre ſeul, je veux dire : pour y vivre ſans moi, mais entouré des nouvelles connaiſſances qu’il ſe ſerait faites entre temps. Triſtan avait même obtenu que je refuſaſſe le bénéfice d’un concours que j’aurais éventuellement réuſſi pendant cette ‘‘période de ſûreté’’ s’il avait fallu que j’allaſſe ailleurs dans la Grèce, ce qui eût été preſque inévitable. Je lui en avais donné ma parole. Il eſt vrai que cela ne m’engageait guère, car je ſemble être peu fait pour réuſſir jamais un concours ! Et puis après tout, ſi ! C’était beaucoup me demander ! Mais même si j’y étais prêt, quels gages lui en donnais-je ? Aucun ! Toute promeſſe eſt un pari de qui la reçoit, & où le joueur miſe ſur ſa propre foi. Malgré nos paroles, malgré nos promeſſes, il fallait bien nous fier l’un à l’autre. Nous étions tout ſimplement fiancés ! Et maintenant, parce qu’il m’a fait voir comme il était peu digne de confiance, voici que c’eſt lui, Triſtan, qui ne veut plus ſe fier à moi. Quelle ironie ! Ce pari que j’étais prêt à prendre ſur ſa parole, lui n’eſt plus diſpoſé à le faire ſur la mienne. Il me croit auſſi peu fidèle que lui, & c’eſt ce qui l’empêche de tenir ſon engagement. Sa propre lâcheté lui fait me prêter ſon manque de parole. Il a rompu nos fiançailles de peur que je ne le fiſſe moi auſſi ! Je ne ſais ce dont je ſuis le plus outragé, d’avoir été trahi ou de paſſer à ſes yeux pour auſſi traître que lui. Comment lui pardonnerais-je un tel crime ?

 

 

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15/07/2012, 04:14 | Lien permanent | Commentaires (4)

 

Vendredi 13 juillet 2 012

 

T

ÉlÉphonage avec Triſtan. Celui-ci me dit qu’une part de lui voudrait me revenir & que l’autre ne le peut pas : la honte qu’il éprouverait depuis ſa trahiſon l’en empêcherait. Je ne ſais ſi j’ai déjà parlé dans ce journal des motifs de cette honte. C’eſt que Triſtan m’a fait pouſſer des cornes un peu moins virtuelles que celles qu’Euphorion fit porter à ce pauvre Eugène, mon couſin de France. Tandis que ce dernier reprochait à ſon amant de s’être lié de véritable amitié avec une perſonne dont il n’avait permis la rencontre que parce qu’elle devait être ſans lendemain, Triſtan s’accuſe d’avoir cru pouvoir flirter ſans danger en Grèce avec un bel autochtone parce qu’il ne lui reſtait plus que quelques jours à ſéjourner dans ce pays. Et en effet, quel riſque courait-il à s’oublier un peu, s’il n’avait pas le temps de s’abandonner tout à fait ? Pourquoi ſe ſerait-il inquiété, puiſqu’il lui fallait partir ? Mais c’eſt à regret qu’il quittait un endroit dont il était épris. Inſouciant & triſte, bercé par ce Conſtantin qui lui ſemblait doux & beau comme la Grèce, il fut le premier ſurpris de ſe trouver ſous le charme du jeune homme. Il le laiſſa le regarder dans les yeux & lui careſſer les cheveux. Il poſa la tête ſur ſon épaule & l’écouta. La voix fatale de la Grèce chantait dans les paroles de Conſtantin & couvrait le ſon de la mienne. Triſtan eſt à préſent rentré dans ſa patrie & Conſtantin n’a pas quitté ſes penſées. Mais il n’y a pas de honte à cela ! Ce dont Triſtan s’eſt rendu coupable à mes yeux, ce n’eſt pas d’avoir laiſſé ce beau garçon lui faire la cour, ni de s’en être entiché (& ce ne le ſerait pas non plus s’il avait ſuccombé phyſiquement à ſes charmes, car je ſavais depuis longtemps que de plus jeunes ou de plus beaux que moi finiraient par s’immiſcer entre nous pour tenter de me le dérober) ; mais c’eſt de m’avoir fait des promeſſes que je ne lui demandais pas & qu’il n’était pas capable de tenir. Triſtan s’était engagé, ſans que je l’en euſſe prié, à ne pas ſe mettre dans la ſituation de tomber, pendant ſon ſéjour dans la véritable Grèce, ſous le charme d’une autre perſonne & de la fuir à toute force s’il devait s’en trouver une ſur ſon chemin. J’eus la faibleſſe de le croire digne de ſon ſerment. J’ai été bien déçu. Triſtan n’eſt qu’un garçon comme les autres, préſomptueux & ſans parole, inconſtant & volage, & qui n’eſt ſoucieux que de lui, puiſqu’il eſt à l’évidence plus diſpoſé à écouter ſa honte qu’à entendre ma peine.

 

 

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14/07/2012, 02:57 | Lien permanent | Commentaires (0)

 

Mercredi 11 juillet 2 012

 

   TRISTAN me dit qu’il a été effrayé par la perſpective d’une vie trop ‘‘rangée’’. J’ai réuſſi à lui faire admettre qu’il avait peut-être été plus effrayé encore par le grand dérangement qu’impliquait pour lui une inſtallation avec moi dans la ville d’Acaris.

 

 

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12/07/2012, 03:20 | Lien permanent | Commentaires (0)

 

Samedi 7 juillet 2 012

 

C

ETTE NUIT, en rentrant de ‘‘Chez Suzarion’’, où des Égyptiens étaient venus chanter & danſer ſur la terraſſe d’Aſcagne, comme tous les ſoirs de cette ſemaine qu’Argos a pour tradition de conſacrer à leur art, environ quinze jours avant ſes Bacchanales, j’ai croiſé toute une troupe de mauvais drôles, dont un mulâtre, qui m’a gaiement craché ces mots à la figure : « Dommage que t’es pas une meuf, on t’aurait défoncé ! » Plus tôt dans la ſoirée, un grand Éthiopien avait renverſé, dans un accès de colère apparemment ſans objet, le bar extérieur de ‘‘L’Épicerie d’Heſpérie’’, ſur la même place où j’étais venu écouter les chanteurs & les danſeurs de la terraſſe d’Aſcagne.

08/07/2012, 02:59 | Lien permanent | Commentaires (0)

 

Mercredi 4 juillet 2 012

 

T

ÉLÉPHONAGE avec Triſtan, qui ne comprend pas ma froideur & me la reproche preſque. Il ne ſemble pas connaître ces mots de Zachi à Uſbek, dans la troiſième lettre perſane : « C’eſt un malheur de n’être point aimée ; mais c’eſt un affront de ne l’être plus. » Son indécence eſt telle qu’il voudrait que je lui pardonne ſon injure dès à préſent, au moment où je me ſens le plus outragé ! Faiſait-il donc ſi peu de cas de mon amour pour m’en croire déjà guéri ? Il voudrait que nous reſtions intimes. Mais comment donc pourrais-je reſter l’ami de Triſtan ? J’aurais l’impreſſion de me rendre complice de la trahiſon dont je ſuis la victime !

05/07/2012, 01:00 | Lien permanent | Commentaires (0)

 

Recommandation

 

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04/07/2012, 04:05 Publié dans Blogue | Lien permanent | Commentaires (0)

 

Mardi 3 juillet 2 012

 

P

OURQUOI diable fallait-il que les choſes fuſſent traveſties dans ce journal ? Tout s’en trouve contrefait. On croirait lire une mauvaiſe traduction, commiſe par un fauſſaire qui ne ſerait pas même ſoucieux d’avoir l’air conforme à ſon modèle. Comment donc ce mauvais artiſan peut-il écrire, par exemple, que, comme tous les ans, environ quinze jours avant ſes Bacchanales, Argos adopte les mœurs égyptiennes ? Pour qui donc une telle phraſe peut-elle avoir de ſens ? Comment faire comprendre de quoi je parle en écrivant que, partout dans la ville, on croiſe des danſeurs & des chanteurs venus de la partie la plus méridionale de la dite Heſpérie dans ces pages ? Les airs que chantaient ces vieux gitans *, tout à l’heure, dans le bar d’Aſcagne, étaient ſi beaux que je ne pouvais m’empêcher de penſer à Triſtan. Et c’eſt encore à lui que je penſais enſuite, en liſant cette Copla : « A la mar fueron mi ojos / por agua para llorar, / y ſe volvieron ſin ella, / porque eſtaba ſeco el mar **. » S’en furent à la mer / chercher l’eau pour pleurer / mes yeux qui n’en trouvèrent : / elle était aſſéchée.

  * Ce terme révèle à lui ſeul ce que j’affecte bien maladroitement de diſſimuler !

  ** Coplas, poèmes de l’amour andalou, traduit de l’eſpagnol par Guy Lévis Mano, illuſtrations de Javier Vilato, Éditions Allia, 2 000, p. 34.

04/07/2012, 03:03 | Lien permanent | Commentaires (0)