Que j’aime vos effets, divine impéritie !
Grâce à vous l’on découvre où demeurer ici.
11.IV.2020
(Vingt-sixième jour de confinement)
Et l’on vit à la fin Benjamin l’ithyphalle
S’écrier tel Mackie du couteau : « Gut – ich falle. »
15.II.2020
(Benjamin Griveaux)
Il y a dans le clair de mes yeux tant de glace
Que jamais on n'y voit le reflet d’une face
19.XII.2019
Ballade d’Antigone
Pauvre Antigone, ô ma dame de Thèbes,
Qui fus enfant dans les infernaux bains,
Si tu devais revenir de l’Erèbe,
Tu trouverais le royaume thébain
Conquis par l’épigone et par l’aubain.
Dans un tombeau repose Polynice,
Ce renégat, de l’ennemi complice ;
Ton autre frère est tombé de son socle :
Il gît, abandonné d’Athéna Nice,
Et n’a pour le chanter aucun Sophocle.
De noirs corbeaux font à son corps d’éphèbe
L’outrage odieux d’un indécent festin.
Verser sur son cadavre un peu de glèbe,
Pour rendre au mort l’office clandestin,
Tel serait or de sa sœur le destin.
Tu tomberais aux mains de la police
Et connaîtrais de Créon la justice !
Ainsi fait-on à qui veut d’Etéocle
Faire un tombeau : il est mis au supplice
Et n’a pour le chanter aucun Sophocle.
Dans la cité grossit tout une plèbe
De Béotiens vaincus et d’esprits vains.
C’est une mer qui jamais n’est à l’èbe.
Du bataillon sacré, il n’est pas vingt
Garçons encore. On chercherait en vain
L’Hémon qui te suivrait dans l’édifice
D’Hadès : la vie offre trop de délices,
Et l’on craindrait de casser ses binocles !
L’homme aujourd’hui veut mourir à l’hospice
Et n’a pour le chanter aucun Sophocle.
Dame Antigone, ô notre impératrice,
Sais-tu s’il est encore, entrant en lice,
Mais ignoré de tous, un fier Patrocle,
Qui ose aller au-devant des sévices
Et n’a pour le chanter aucun Sophocle ?
24.XI.2019
Ballade du concours de Blois
Je meurs de soif auprès de la fontaine.
Brûlant d’aimer, je suis tout refroidi
Du moindre égard qu’une figure humaine
Porte au pauvre de moi. Si mercredi
L’amour me gagne, il m’a fui dès jeudi.
(J’ai plus connu que la grande passion
La petite amourette !) Et quand le don
M’est enfin fait de l’amour véritable
(Je parle de Clément, nouvel Adon),
Même affamé, je ne vais à table.
Ma langue, au lieu d’aller fouiller l’haleine
Du beau garçon, se fige et s’engourdit.
De tous les mots dont j’ai la tête pleine,
Pas un ne sort : je demeure interdit.
Le cœur me manque aussitôt qu’enhardi.
J’ai dans l’oreille un entêtant bourdon.
Pour un regard, toute ma déraison
Me croit l’égal d’un grand dieu vénérable ;
Par un regard, je suis pauvre en prison :
Même affamé, je ne vais pas à table.
Plus il est proche et plus semble lointaine
La chance d’explorer son paradis.
Plus il s’éloigne et moins semble incertaine
L’institution de nos gymnopédies.
Trouver l’amour est une tragédie :
On garde espoir en perdant la raison ;
On désespère à force d’oraison.
Traînant ma soif dans un désert de sable,
Je n’ai mirage en lieu de guérison :
Même affamé, je ne vais pas à table.
Prince Clément, qui portes mal ton nom,
Se peut-il qu’en ta veine aille un poison
Pareil au mien, dont tu dises, affable :
« Je hais et j’aime et, par toute saison,
Même affamé, je ne vais pas à table » ?
11.XI.2019
Un lien menant à l’enregistrement d’une lecture par l'auteur de cette ballade se trouve dans les commentaires.
Rondeau
Clément, le doux son de ta voix
Loge en mon cœur comme une écharde
Elargissant une lézarde
Me déchirant quand je te vois.
En ta présence on reste coi,
Ne sachant pas si tu regardes
Clément
Ton prochain cloué sur la croix.
Donne-moi donc, ce pauvre barde,
La clef du secret que tu gardes.
Mais à quoi bon ? Souvent, je crois,
Clef ment…
02.11.2019
Un lien menant à l’enregistrement d’une lecture de ce rondeau par l’auteur se trouve dans les commentaires.
De toi je ne connais que d’être au bord des charmes
Comme on dit, plus souvent, qu’on est au bord des larmes
10.VI.2019
(Clément)
Clément fleuve impassible aux rives si sereines
C’est ton cours tourmenté qui coule dans mes veines
23.XI.2018
(Clément)
C’était ma chaise.
J’avais un lieu pour traverser la vie,
Un ami pour aimer,
Tant de mots dans la voix.
Qui m’écoute aujourd’hui ? Et qui s’est assis là ?
Ne me répondez pas, un autre écrit ces mots.
En mémoire de Charlotte
27.III.2018
Je hais et j’aime. Et comment donc, dis-tu, peut-ce être ?
Je ne sais, mais je sens, et ce m’est un supplice.
26.V.2017
(Catulle, 85)