HORTVS ADONIDIS

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L’instant moite où des yeux s’absorbent en des yeux

Et l’haleine affolée au souffle court se mêle

01.I.2017

10/01/2017, 22:38 | Lien permanent | Commentaires (0)

Jeudi 3 septembre 2015

 

I

L Y A UN AN AUJOURD’HUI que la chienne Céladine était à l’article de la mort, du moins le croyais-je à l’époque. En réalité, comme elle ne se nourrissait presque plus depuis des semaines, elle avait eu une crise d’hypoglycémie, qui m’avait fait croire qu’elle vivait ses derniers instants : car lorsque je la posais sur le sol, ses pattes se dérobaient lentement sous elle, qui me fixait d’un regard résigné, avec l’air de s’excuser d’avoir à me quitter déjà. Figé dans ma hauteur d’homme, j’avais le sentiment d’observer le petit corps gisant à mes pieds depuis le bord d’une tombe très profonde. Je croyais revivre le jour où la chienne Coccymèle a perdu la vie. C’était affreux. Le vétérinaire m’avait prévenu qu’il me fallait désormais songer à faire euthanasier Céladine. « Quand devrai-je le faire ? », lui avais-je demandé. Le choix m’appartenait. Dès lors qu’un chien était condamné, il y avait deux options : ou bien mettre un terme à la vie de la bête immédiatement, ou bien attendre le moment où il n’y aurait plus aucune forme d’échange entre celle-ci et son maître, car cela signifierait qu’elle serait alors entièrement repliée sur sa douleur, complètement habitée par la souffrance. Je trouvais odieux, presque contre-nature d’être à ce point le maître d’un chien qu’il me fallait décider jusqu’à l’instant de sa mort. Quel devait être mon choix ? Quel instant serait le plus approprié ? Et surtout qui étais-je pour dire qu’une vie qui n’était pas la mienne, même si m’appartenait celle qui était en train de la perdre, ne méritait plus d’être vécue ? Je possédais la bête, certes, mais la vie de la bête, à qui était-elle ? Cette responsabilité me dépassait complètement. Je ne me sentais pas du tout prêt à l’assumer. Les larmes me montent encore aux yeux en écrivant cela. La chienne Coccymèle avait eu une mort naturelle, et j’allais presque dire heureuse, pour un chien. Son cœur s’était arrêté de battre dans ma main, chez le vétérinaire, tandis que je la portais de la salle d’attente à l’extérieur, pour lui faire faire ses besoins. Ç’avait été pour moi très violent de sentir tout d’un coup la rupture de la vie qui tenait dans ma main, de voir la bête aimée se transformer instantanément en poupée de chiffon toute désarticulée dans mes bras. Cependant, je crois que ç’avait été pour elle une mort douce, une mort enveloppée de son maître, mais sans la décision du maître. J’avais noté dans le journal de Céladine, il y a un an : « A partir de maintenant, tous les jours qu’elle vivra seront des jours en plus, des cadeaux de la vie. » Et il y a donc aujourd’hui un an qu’il nous est offert de vivre encore ensemble, Céladine et moi, de poursuivre la vie commune que nous menons depuis près douze années déjà. Tous les jours, je notais dans son journal l’évolution de son état, que nous pensions devoir se dégrader encore et encore : « Jeudi 4 septembre 2014. Céladine toujours en vie. Diminuée. Avons joué au ballon cette après-midi. Elle courait après la balle, mais beaucoup moins vite qu’à son habitude. Elle aboyait encore de joie, mais d’une voix méconnaissable, beaucoup moins forte, essoufflée, une voix de petite vieille. Entendre ce nouvel aboiement me brise le cœur. N’a rien mangé. » « Vendredi 5 septembre 2014. Céladine toujours en vie. A mangé aujourd’hui (deux biscuits aux graines de sésame et un peu de viande de bœuf). Est-ce l’effet de son traitement ? A joué au ballon chez ma mère. » « Samedi 6 septembre 2014. Céladine s’est nourrie. Légèrement plus gaillarde qu’hier. » Finalement, le traitement que le vétérinaire m’avait présenté comme celui de la dernière chance fut miraculeux. Les corticoïdes, que Céladine prend encore aujourd’hui, mais à des doses assez faibles pour lui donner une bonne espérance de vie, l’ont littéralement ressuscitée. Elle a retrouvé l’appétit et son poids des meilleurs jours. La sclérotique de ses yeux est redevenue blanche. Après avoir perdu presque tout son pelage il y a un an, elle arbore de nouveau l’abondante toison qui me fait aimer passionnément sa race. Son foie, quoique toujours malade, fonctionne aussi bien que possible. Je ne voudrais pas lui porter malheur en le notant dans ce journal, mais j’ai bon espoir de la garder près de moi quelques années encore.

Mis en ligne le 03.XII.2015

03/09/2015, 21:02 Publié dans 2015, Céladine, Coccymèle, Journal | Lien permanent | Commentaires (1)

Samedi 29 août 2015

 

Ward.wave

 

P

AR DESŒUVREMENT, je fais défiler les diverses publications de mes ‘‘amis’’ sur Facebook et, soudain, me sautent aux yeux des photographies de cadavres rejetés par la Méditerranée sur une plage d’Europe ou d’Afrique, du Levant ou d’Anatolie, ce n’est pas précisé. Ce sont surtout des enfants qui sont photographiés. L’un d’eux porte encore des couches. Un garçonnet a le pantalon aux chevilles. Les maillots de tous sont remontés jusqu’aux aisselles et les ventres nus semblent avoir déjà gonflé sous la pression des gaz de la décomposition en cours à moins que ce ne soit à cause du volume d’eau avalé pendant la noyade. Je pense depuis longtemps qu’on ne peut faire de bonne politique avec de bons sentiments. Je devrais ajouter qu’on n’en fait pas avec de sentiments du tout. Mais il est difficile de se tenir à cette règle devant un tel spectacle. J’essaie de garder à l’esprit que ces pauvres gens sont d’abord les victimes de politiques et de guerres menées dans leurs propres pays, qu’ils sont surtout les dupes des canailles qui leur ont promis le passage en Europe pour des sommes indécentes. Mais je ne peux ignorer tout à fait l’inaction, dans ces pays, l’incurie du monde libre, du monde civilisé, je ne sais comment le nommer. Monde heureux, habile, désirable, favori des dieux, du hasard, ou monde simplement parvenu à son meilleur tour dans le cycle des temps ? Quoi qu’il en soit, ce monde supérieur et néanmoins incapable d’aider les foules qui l’envahissent à demeurer chez elles a sa part de responsabilité dans le drame qui se joue dans notre mer, la Méditerranée. Les corps rejetés sur ses rives défigurent l’Europe aussi sûrement que le ferait la submersion migratoire dont elle est menacée. Je ne suis pas naïf au point d’ignorer que la publication de ces photographies relève probablement d’une tentative de manipulation des esprits faibles comme moi par les factions les plus à gauche de la Grèce, qui sont le surmoi d’un pays profondément névrosé. Mais j’ai beau dire, les corps sans vie de ces enfants sont bien là, ou plutôt là-bas, loin de mes yeux. Comment ne pas être touché par cette tragédie ? Comment se fait-il que je ne le sois pas davantage ? En admettant que ce soit l’appât du gain (que fait espérer la trop grande prodigalité de nos pays) qui pousse leurs parents à venir coloniser l’Europe, ces enfants ont-ils d’autres choix que de les suivre ? Ne sont-ils vraiment les victimes que de parents avides, égoïstes, inconscients ? Et d’ailleurs, ne sont-ils les enfants que de leurs parents ? Lorsque c’est la mort qu’ils risquent, n’avons-nous pas tous des devoirs envers eux ? Et j’irai plus loin en ajoutant que même les hommes faits, les mères, les vieillards, sont des enfants. Ils sont les enfants de Dieu, s’il existe, les enfants de la terre et, surtout, les enfants du malheur, du malheur d’exister. Cette civilisation européenne dont le souci de la sauvegarde me pousse à désapprouver l’immigration, légale et illégale, est le lieu d’une obscénité et d’un scandale extraordinaires : c’est un havre de paix, un paradis sur terre, dans lequel un Antire peut se désoler de la mignonne agonie d’un moineau pendant que de l’eau de mer envahit les poumons d’hommes, de femmes et d’enfants qui ont à ses yeux moins de réalité qu’une plume, parce qu’il ne les voit pas. Si l’Europe est encore une civilisation digne de ce nom, l’ambition qu’elle caresse n’est plus le beau taureau blanc du mythe, sous lequel se cachait le roi des dieux, mais un bon gros bœuf tourmenté par la mauvaise conscience comme par une mouche ; seulement c’est par la mouche du coche ! Elle parle, elle s’agite, mais elle ne fait rien d’efficace. Et elle s’attribue des mérites qu’elle est bien loin d’avoir encore.

Mis en ligne le 30.XI.2015

29/08/2015, 23:15 Publié dans 2015, Grèce, Journal | Lien permanent | Commentaires (0)

Dimanche 23 août 2015

 

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H

IPPONAÜS ET MA SŒUR JUNIE se sont mariés hier. Il faisait une chaleur suffocante. Entre les familles, les démonstrations d’affection, la complicité des amis, le bonheur des mariés, je ne savais plus où trouver une place. La bonne humeur était générale. Ce n’était que rires et discours et plaisanteries et musiquette, trémoussements et gesticulations sur la piste de danse. Je vivais un cauchemar éveillé. Mais le plus difficile, c’était la pensée que mes deux sœurs s’étaient mariées avant moi, qui suis pourtant leur aîné. Il est vrai que je n’ai pas pour projet de convoler en justes noces. Mais quand bien même j’en aurais l’intention, il n’y avait aucun prétendant à mon côté, hier soir, à la table des mariés… Ma sœur Délie et le beau Lycidas, son mari, venus de Nauplie assister à la noce, habitent chez moi pour quelques jours. Bien qu’il porte un nom parfaitement grec, Lycidas est né d’un père étranger. Il porte une main de Fatma autour du cou et ne mange pas de porc. En revanche, il boit énormément, peut-être pour s’aider à supporter un environnement qui n’est pas le sien, c’est-à-dire ma famille... Comme je le comprends ! Il y a quelque chose de lunaire chez ce garçon. Pour plus de commodité, nous prenons nos repas chez ma mère, où sont logés mon père, sa femme, mon oncle et ma tante. Quand ma mère lui demande s’il veut que son omelette soit baveuse (pour remplacer le porc), Lycidas se tourne vers Délie et la questionne : « Baveuse ? C’est comment, une omelette baveuse ? » Mieux : si ma mère lui demande comment il aime que soit cuit le saumon, il se tourne encore vers ma sœur et l’interroge : « Délie, peux-tu me dire comment j’aime manger le saumon ? parce que moi, je ne sais pas. » C’est un spectacle amusant et touchant à la fois. Mais quelque chose m’a tout particulièrement touché hier soir, c’est le discours de Junie. Elle n’espérait plus depuis des années vivre un jour ce qu’elle vivait aujourd’hui. Elle pensait que tout cela, le bonheur, l’amour, ce n’était pas pour elle, que ça lui était interdit. Et pourtant, au moment où elle s’y attendait le moins, elle avait rencontré Hipponaüs. Il ne fallait jamais perdre espoir, les choses finissaient toujours par arriver. C’était très simple, et très court, sans les circonvolutions d’usage. Un discours qui me parlait cruellement, car s’il est une chose que je ne peux pas croire, moi non plus, c’est bien que cela m’arrive un jour… Plus j’avance dans la vie, ou plus je me dirige vers la mort, si l’on préfère, et plus j’ai le sentiment d’appartenir à une race maudite, d’être condamné à l’errance, à la vie sans attaches, à la dérive. Il y a en moi un manque profond, un défaut constitutif, qui m’empêche d’aimer et de me laisser aimer. Ce vide, c’est mon centre. C’est un trou, autour duquel je tourne et je tourne sans pouvoir m’arrêter. Je serai toujours seul, parce que je serai toujours moi.

 

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Mis en ligne le 30.X.2015

23/08/2015, 22:53 Publié dans 2015, Délie, Hipponaüs, Journal, Junie, Lycidas, Nauplie | Lien permanent | Commentaires (0)

Lundi 17 août 2015

 

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P

ASSER MORTVVS EST Comme je m’y attendais, je l’ai trouvé sans vie, ce matin, dans le petit jardin de la Galerie fabienne, toute grâce envolée. Même son plumage avait un aspect cartonneux. Le sort des oiseaux morts trop près des hommes est de finir dans une poubelle. N’est-il pas paradoxal que je sois si pitoyable à la souffrance des animaux alors que j’ai tellement aimé la tauromachie ? Mais c’est surtout les tauromaques que j’admirais. J’étais transporté par les dangers qu’ils couraient sous mes yeux. Les plus jeunes d’entre eux, surtout, m’excitaient. C’était exaltant de voir ces garçons adolescents et virils à la fois se mesurer aux taureaux et souiller leurs beaux costumes du sang qu’ils répandaient. Je ne devrais pas le dire, mais j’espérais presque l’accident, le moment où la corne les déchirerait ou les projetterait dans l’air. Ce qui était beau pour moi, c’était la vie humaine menacée, la mort regardée en face et bravée. Contrairement aux véritables amateurs, je n’avais pas la passion exigeante du taureau. D’ailleurs, quand celui-ci surgissait tout gaillard et bondissant dans l’amphithéâtre, il me faisait souvent penser à ma chienne Céladine lorsqu’elle fait son entrée dans une pièce, pareillement confiante et fiérote. Mais j’étais invariablement attristé par la mise à mort du taureau, je ne parle pas du moment où l’épée le transperçait, mais de celui, qui ne fait déjà plus partie du spectacle, où il est achevé. Dans une course de taureau, on considère que le fauve est mort quand ses pattes se dérobent sous lui et qu’il s’effondre sur le sable. Plus la chute survient rapidement et meilleure est jugée la mise à mort. Dès que le corps du taureau touche le sol, les applaudissements de la foule éclatent. Mais pendant que tous les yeux sont tournés vers le tauromaque, moi, c’est celui que personne n’aperçoit déjà plus que je regarde, c’est la bête couchée sur le sable, agonisante et que des mains expertes achèvent au poignard. Tous les regards sont alors détournés, braqués sur le tauromaque victorieux. Indécence indescriptible de la liesse du public, obscénité de sa profonde indifférence au taureau pendant ses derniers instants. Je suis bien content de ne plus avoir les moyens d’assister à ce spectacle foncièrement immoral et dont je me suis hélas toujours très bien accommodé jusque-là. Devenu naturellement plus soucieux du bien-être des animaux depuis que je m’efforce, avec bien des peines encore il est vrai, de supprimer toute viande de mon alimentation, je crois que je me mépriserais davantage encore si je continuais à venir assister à de ces mascarades tauromachiques, qui peuvent être sublimes, certes, mais du fait de leur hideur-même. La tauromachie, c’est le spectacle humain par excellence : c’est la mise en scène de l’homme à l’œuvre, de l’homme à son chef-d’œuvre même : c’est la célébration de sa supériorité sur tout ce qui l’entoure parce qu’il peut le détruire, c’est l’homme s’affirmant dans sa perfection par le massacre.

Taureau mort

 

Mis en ligne le 20.X.2015

17/08/2015, 22:13 Publié dans 2015, Céladine, Galerie fabienne, Journal | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tauromachie, animaux

Samedi 15 août 2015

 

C

ETTE PHRASE : « Tourner sur soi-même sans changer de place est une impression déplorable, vivre trop longtemps de soi et pour soi est mortel *. » C’est exactement ce que je ressens : de moi et pour moi, je meurs sur place…

 

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* Boualem Sansal, 2084. La Fin du monde, éditions Gallimard, 2015, page 39.

 

Mis en ligne le 15.X.2015

16/08/2015, 12:19 | Lien permanent | Commentaires (2)

Vendredi 14 août 2015

 

077-moineau

 

I

L Y A DEPUIS HIER dans le jardin de la Galerie fabienne un pauvre moineau blessé dont la vision est à vous fendre le cœur. Il peut encore voler, mais jamais très haut ni très loin. La plupart du temps, il reste sans bouger sur une pierre ou dans l’herbe, la tête anormalement penchée vers l’avant, le bec comme planté dans le sol. Sans doute s’est-il blessé à l’intérieur de la Galerie, où je l’ai trouvé la première fois. Il arrive que des oiseaux s’y engouffrent et ne retrouvent plus la sortie. Ils s’assomment parfois contre les murs et les vitres. Celui-ci a dû se briser un os ou s’abîmer quelque muscle du dos. Sa tête en avant et sa nuque exagérément ronde lui donnent l’air d’un minuscule vautour. Je ne connais pas de spectacle plus déchirant qu’un oiseau qui ne peut plus voler et dont le pépiement n’est sans doute plus un chant mais, dans sa langue de moineau, l’expression de l’incompréhension ou de la peur. Si je m’approche trop de lui, il s’envole un peu plus loin, va se cacher dans un recoin, dont il ressort très vite. Sa pensée m’obsède. Je ne peux m’empêcher d’aller dans le jardin vérifier s’il s’y trouve encore, s’il vit toujours, s’il se tient mieux. J’ai versé de l’eau dans le couvercle d’un pot de confiture pour qu’il y boive. Je ne sais comment l’aider. Dois-je le laisser à son sort, dans cet étroit jardin où, par chance, les chats ne s’aventurent pas ? Dois-je le recueillir ? Sans doute finira-t-il par mourir, de toute façon. Je me sens terriblement impuissant face au malheur de cet être insignifiant. Et je me sais un peu ridicule aussi. Pourquoi devrais-je tenter quelque chose ? Je sais bien qu’il n’y a rien à faire et que la nature suit tout simplement son cours. Mais dans ce jardin, et sous mes yeux, cela semble si cruel ! Ce n’est déjà plus un moineau parmi tant d’autres qui souffre là, mais celui que j’ai remarqué, qui occupe mes pensées, qui me ressemble un peu, même. Ce moineau, je le sens palpiter dans ma poitrine. C’est mon cœur que serrent ses petites griffes. C’est un peu de moi qui meurt avec lui.

Mis en ligne le 04.X.2015

15/08/2015, 18:46 | Lien permanent | Commentaires (1)

 

 

Revenons à une typographie plus simple...

15/08/2015, 12:18 | Lien permanent | Commentaires (0)

Mardi 28 janvier 2 014

 

Ablutions

 

A

SCAGNE m’a raconté que Tritogénie, cette tranſexuelle qui eſt ſerveuſe à la ‘‘Barricade’’ & dont il s’eſt entiché depuis peu, avait vécu à Rhodes avant de venir s’inſtaller à Pylos. Elle poſſédait là-bas une roulotte dans laquelle elle avait pour habitude de recevoir des hommes qui la payaient en échange des ſervices ſexuels qu’elle leur rendait. Mais un jour, des maquereaux étrangers (je ne ſais plus de quelle nationalité m’a dit Aſcagne) ſont venus inſtaller leurs filles, des eſclaves ſexuelles importées de leur pays, dans les rues où travaillait la Palatine (c’eſt ſon nom de guerre). Les proxénètes ont d’abord voulu faire partir cette dernière de façon pacifique, ſi je puis dire, mais celle-ci n’ayant rien voulu entendre (& on la comprend, car elle était chez elle, après tout !), ils en vinrent très vite à la manière forte en mettant tout bonnement le feu à la roulotte de Tritogénie. Ce fut la panique dans le quartier, où elle était connue de tout le monde. « Mon Dieu », criaient les gens, « ils ont tué la Palatine ! C’eſt affreux, la princeſſe Palatine a cramé dans ſa roulotte ! » Il n’en était rien, fort heureuſement. Au moment où les incendiaires détruiſaient la roulotte de Tritogénie, par chance, celle-ci ſe trouvait dans un bar-tabac où elle avait ſes habitudes. C’eſt en effet dans cet établiſſement qu’elle allait ordinairement faire ſes ablutions entre deux clients ! Mais pour ſa ſécurité, la Palatine n’eut d’autre choix que de quitter la ville dans l’heure, ſans même emporter une valiſe. Je ne ſais trop pour quelle raiſon c’eſt à Pylos qu’elle élut finalement domicile. Peut-être y avait-elle des connaiſſances. Vérité ou légende que tout cela ? Dieu ſeul le ſait, & la princeſſe Palatine !

Mis en ligne le 03.X.2014

29/01/2014, 02:40 | Lien permanent | Commentaires (1)

Mardi 21 janvier 2 014

 

J

AI CROISÉ HIERONYMUS & ſon fils au ſupermarché, cette après-midi. Comment ſe peut-il qu’une créature auſſi noire, auſſi coupable que lui, ait été capable d’engendrer l’innocence même ? De loin, diſcrètement, j’ai pris le temps d’obſerver le père & le fils. Le garçonnet courait en tous ſens. Jamais ſa converſation ne ſemblait devoir ſe tarir. Ce petit être incroyablement gracieux, & qui avait une confiance aveugle dans l’empoiſonneur de ma ſœur, s’émerveillait de tout. Son pouvoir d’enchantement était ſi grand que même Hieronymus en paraiſſait transformé. On eût dit qu’il ſe ſavait déjà dépaſſé par l’intelligence de ſon fils. Je me ſuis retrouvé à faire la queue derrière eux à la caiſſe. J’ai pu conſtater que Hieronymus n’avait pas changé ſur un point au moins : il était reſté le très grand conſommateur de bière, l’alcoolique, que j’avais connu. Le contenu de ſon chariot l’atteſtait. Il m’a ſemblé qu’il craignait que je ne fiſſe quelque eſclandre devant ſon fils. Mais j’étais très loin de me trouver dans de ſi mauvaiſes diſpoſitions. Je me ſentais au contraire d’humeur philoſophe. J’admirais l’ironie de la vie, qui réſerve ſa meilleure part à des canailles comme Hieronymus. S’il était permis de ſe venger des Hieronymus, il ſerait déſormais trop tard, d’abord parce que beaucoup de temps a paſſé, & qu’un honnête châtiment ne ſouffre pas de tels ſurſis, mais ſurtout parce que ſe venger aujourd’hui, ce ſerait faire d’un petit bienheureux un orphelin.

Mis en ligne le 31.VIII.2014

22/01/2014, 01:13 | Lien permanent | Commentaires (7)