HORTVS ADONIDIS

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NON au Changement de Peuple & de Civiliſation !

 

« Si nous ſommes dix nous ſerons une veillée funèbre pour la patrie. Si nous ſommes cent nous ſerons un groupe de réflexion. Si nous ſommes mille nous ſerons un élan. Si nous ſommes dix mille nous ſerons une force d’influence. Si nous ſommes cent mille, un million ou davantage nous ſerons un pouvoir capable d’arrêter la courſe à l’abîme & même, qui ſait, de remonter la pente. »

            Renaud Camus,

dans ſon ‘‘appel du 10 ſeptembre’’.

 

J’invite mes lecteurs, qu’ils ſoient français, grecs, européens ou d’ailleurs, s’ils aiment la France, à faire le plus de publicité poſſible à cet appel &, bien ſûr, à adhérer au mouvement (ſi c’eſt bien le terme) :

 

NON

au Changement de Peuple

& de Civiliſation !


Mis en ligne le 10.IX.2013

02/09/2012, 19:06 | Lien permanent | Commentaires (0)

Samedi 1er ſeptembre 2 012


D

ÉCIDÉMENT, il ſemble bien qu’Argos n’a plus rien à envier à la pauvre France. Une ſacrée canaille y proſpère. Jeudi dernier, un barbareſque ſe faiſait poignarder par deux de ſes ſemblables ſur la terraſſe de ‘‘Chez Suzarion’’, le bar du cher Aſcagne. Cette après-midi, c’eſt un fugitif que les forces de l’ordre ſont venues arrêter dans les ſanitaires de cet établiſſement. Aſcagne m’a raconté qu’il était en train de ſervir ſes clients ſur la terraſſe quand il a vu un jeune homme ſe précipiter à l’intérieur du bar. Auſſitôt après, une troupe de policiers arrive ſur place, manifeſtement à la pourſuite de quelqu’un. Aſcagne interpelle ceux-ci : « Eſt-ce un garçon en ſurvêtement blanc que vous recherchez ? Il vient d’entrer dans le bar ! » Le garçon, qui s’était fait arrêter un moment plus tôt par ceux qui le pourſuivaient à préſent, avait réuſſi à leur échapper, pour un bref inſtant, Dieu merci. Il croyait pouvoir ſe cacher dans les commodités de ‘‘Chez Suzarion’’. J’ignore ce que l’individu avait à ſe reprocher exactement.

Mis en ligne le 09.IX.2013

02/09/2012, 00:24 | Lien permanent | Commentaires (0)

Vendredi 31 août 2 012


C

ETTE APRÈS-MIDI, j’ai pu entendre des bribes du diſcours qu’un inſpecteur de l’Inſtruction publique tenait aux nouveaux inſtituteurs ſtagiaires, qui étaient ‘‘accueillis’’ aujourd’hui par leur hiérarchie au ΚΔΔΠ d’Argolide. Il était queſtion de la correſpondance que ces nouveaux fonctionnaires étaient ſuſceptibles d’adreſſer à leurs ſupérieurs, à leur miniſtre de tutelle, par exemple, rien de moins ! « Surtout, expliquait l’inſpecteur, ne terminez pas votre lettre par un cordialement qui ſerait des plus mal venus ! Et pourquoi pas une tape dans le dos, tant que vous y êtes ! Dites plutôt vos ſentiments reſpectueux. Ces ſentiments peuvent également être dévoués. » Je ne ſais ſi l’inſpecteur a ſongé à recommander à ces inſtituteurs de ſoigner leur orthographe. Il arrive fréquemment qu’elle le ſoit fort peu dans la correſpondance électronique qu’ils ont avec moi, quand je les relance à cauſe de leurs retards (je ſuis d’ailleurs toujours embarraſſé par ces tournures qui m’échappent parfois : « Unetelle a du retard », « les retards de cette autre », « il ſemble, Madame, que vous ayez du retard », qui n’évoquent hélas pas ſeulement l’oubli de rendre des livres, dont il eſt pourtant queſtion en réalité). Je ne compte plus les « J’ai oublier de les rapporter » ou les « Je vous les rendrez la ſemaine prochaine » que ces perſonnes m’adreſſent. Quelle ſorte de grammaire peuvent-elles bien enſeigner à leurs élèves ?


Inspecteur de l'Instruction publique

Mis en ligne le 23.VIII.2013

31/08/2012, 17:23 | Lien permanent | Commentaires (0)

Jeudi 30 août 2 012


C

ETTE APRÈS-MIDI, j’ai reçu un SMS d’Aſcagne, qui m’annonçait qu’un homme s’était fait poignarder à la terraſſe de ſon bar, hier ſoir, vers minuit. Celui-ci voulait donc que je l’y retrouvaſſe aujourd’hui, après mon travail, pour m’en dire plus, ce que je me ſuis empreſſé de faire bien ſûr dès ſix heures. Une rixe, impliquant preſque inévitablement des Maures, avait commencé dans un autre bar, celui que tient le vieux Pharnace, cette mauvaiſe langue (& donc exquiſe), où nous nous trouvions d’ailleurs encore lundi dernier, Aſcagne & moi, (malgré le mauvais aloi du lieu, qui n’eſt à peu près fréquenté (curieux alliage) que par des bohémiens, des barbareſques & des achriens), pour nous diſtraire de l’abſence de nos amants reſpectifs (& me remettre, moi, des obſèques de la pauvre Ydalie) en nous offrant l’un à l’autre des verres de cette boiſſon aniſée dont on ne peut preſque jamais abuſer, puiſqu’il faut pour ſa conſommation toujours plus d’eau que de liqueur, mais qui m’a fait un peu groſſir, tout de même, depuis une ou deux années que j’ai commencé à en prendre, à cauſe de Lydia, qui avait tellement inſiſté pour m’en faire goûter, lors de Bacchanales d’Argos (en 2 010 ou 2 011), que j’ai en effet fini par y prendre goût, ſans doute même un peu trop, raiſon pour laquelle je ſuis aujourd’hui réduit à devoir ſiroter le plus ſouvent de l’eau gazeuſe agrémentée de rondelles de citron lors de mes ſorties en ville, afin de retrouver une ligne plus conforme à l’idée que je me fais de moi. C’eſt apparemment à cauſe d’un différend au ſujet d’une fille que la bagarre avait commencé entre ces barbareſques. À un moment, la future victime s’était enfuie du bar de Pharnace, & Aſcagne, qui travaillait à ſervir ſes clients, l’avait vue paſſer en courant devant ſon bar & ſe réfugier chez elle, dans un immeuble de la place où ſe trouve la terraſſe de mon ami. Quelques inſtants plus tard, chaſſés du bar de Pharnace, les deux Maures qui s’en étaient pris au voiſin d’Aſcagne étaient venus s’inſtaller à la terraſſe de ce dernier, vraiſemblablement dans le but d’attendre que leur proie, dont ils connaiſſaient l’adreſſe, reſſortît de chez elle. Pour patienter, preuve au moins qu’ils n’étaient pas des Mahométans de la pire eſpèce, les deux canailles burent de la bière, qu’ils avaient pris la peine d’aller commander à l’intérieur du bar (ce fait à ſon importance), & non pas depuis la terraſſe où Aſcagne vient habituellement ſervir ſes clients ou prendre leurs commandes. Dès que ce dernier avait eu le dos tourné pour encaiſſer l’argent des bières, ceux-ci avaient volé les deux couteaux qui ſervent habituellement à découper les citrons dont les rondelles viennent agrémenter l’eau gazeuſe dont je dois me contenter déſormais pour boiſſon. Ces couteaux me ſont d’autant plus familiers que nous les utiliſons auſſi, Aſcagne & moi, pour manger les pizzas qu’Hipponaüs, l’amant de ma ſœur Junie, veut bien nous rapporter parfois du reſtaurant de ſa famille, à la fin de ſon ſervice dans cet établiſſement. Ce ſont ces couteaux qui ſervirent à poignarder le Maure. Celui-ci ayant en effet aperçu, de la fenêtre de ſon appartement, ſes deux ſemblables qui l’attendaient en bas, ‘‘tranquillement’’ inſtallés à la terraſſe d’Aſcagne, était redeſcendu pour en découdre. Mal lui en prit, car il eut l’eſtomac & le poumon percés ! Les couteaux que j’ai ſi ſouvent tenus dans la main pour partager avec le meilleur de mes amis les pizzas d’Hipponaüs, ont ſervi à trancher des chairs humaines au cours d’une tentative de meurtre, à l’endroit même où il nous eſt ſi doux de nous retrouver, mes amis & moi ! Aſcagne m’a dit qu’une des lames s’étant plantée dans un os avait été toute tordue & que la chemiſe quil portait était encore maculée du ſang projeté sur lui au moment où il avait tenté de ſéparer les bêtes furieuſes qui voulaient s’entretuer chez lui, chez nous ! Si ſeulement elles pouvaient ne faire que s’entretuer, combien d’entre nous ſeraient épargnés ! Fort heureuſement, oui, heureuſement, tout de même, puiſqu’il y a ſans doute des hommes ſous ces bêtes, le Maure ne fut pas tué. Mais il s’en fallut de peu, car, comble de l’hiſtoire, c’était un ſans papiers ! Ayant trouvé chez lui refuge (chez lui, c’eſt-à-dire chez la Grecque qu’il a ſéduite & aux crochets de laquelle il vit), enfermé à double tour dans l’appartement de celle-ci, ce demeuré refuſait d’ouvrir la porte à la police & aux ſecours, de peur de finir expulſé, d’après ce que les témoins ont entendu des cris du malheureux, qui n’avait ſans doute plus tous ſes eſprits ! Celui-ci préférait en effet ſe voir crever en Grèce plutôt que vivant en Barbarie, où il eſt pourtant ſi peu vraiſemblable qu’il retourne jamais, ne ſerait-ce que parce que ſa méſaventure lui a permis d’acquérir le ſtatut de victime, qui devrait faire de lui une perſonne quaſi inviolable !


Mis en ligne le 20.VIII.2013

31/08/2012, 02:49 | Lien permanent | Commentaires (0)

Lundi 27 août 2 012


I

L Y AVAIT foule aux obſèques d’Ydalie cette après-midi : ſa famille, bien ſûr, ſes fils, un grand nombre de ſes collègues de travail, mais auſſi des perſonnes qu’elle avait aidées lorſqu’elles étaient dans de mauvaiſes paſſes, en allant juſqu’à leur offrir le vivre & le couvert. Le prêtre nous rappela qu’Ydalie, qu’animait une grande foi en Dieu, même ſi les manifeſtations de cette foi n’étaient pas toujours d’une grande orthodoxie, avait conſacré juſqu’à l’épuiſement ſon temps, ſon argent, ſes forces, ſa ſanté, ſa vie, à ſon prochain. Nous devions nous inſpirer d’elle pour la conduite de nos propres exiſtences. Il y avait un grand recueillement dans le temple. Nous avions tous le ſentiment d’une perte immenſe. C’était preſque une ſainte qui avait vécu parmi nous.


Couronne

Mis en ligne le 19.VIII.2013

27/08/2012, 23:26 | Lien permanent | Commentaires (0)

Samedi 25 août 2 012


J

E VIENS d’apprendre la mort d’Ydalie, emportée par le cancer. Elle était la repréſentante du perſonnel d’ΑΔΞ à Argos &, à ce titre, c’eſt elle qui menait la fronde des employés de cette entrepriſe en Argolide, dont un grand nombre s’était conſtitué partie civile au procès intenté à ΑΔΞ pour travail diſſimulé. Elle avait non ſeulement à ſe battre contre ‘‘les patrons’’, comme elle diſait, mais auſſi contre les ſyndicats, profondément corrompus & largement impliqués dans l’exploitation des diſtributeurs de proſpectus, rendue poſſible par la convention collective que les repréſentants ſyndicaux s’étaient abaiſſés à ratifier en échange de prébendes, c’eſt-à-dire en ſe faiſant attribuer par leurs employeurs des ſecteurs de diſtribution fictifs ou ſurpayés. Quant à nous, pauvres travailleurs, quant à moi, par exemple, c’eſt à peine ſi je recevais un ſalaire pour les deux tiers du temps que j’avais réellement paſſé à travailler ! Et je ne parle pas des frais d’eſſence, de l’uſure de mon véhicule perſonnel, ou de l’annexion du garage de ma mère, pour y trier pendant des heures les différentes ſortes de documents publicitaires avant de pouvoir les diſtribuer ! L’expreſſion de « patrons voyous » prend tout ſon ſens dans le domaine de la diſtribution de proſpectus. Il était d’ailleurs fréquent qu’ΑΔΞ flouât auſſi ſes propres clients, en revendant par exemple, pour ſon ſeul profit, & ſans jamais en informer ces derniers, les tonnes de papier qui n’avaient pas pu être diſtribuées dans tel ou tel ſecteur, faute de main d’œuvre (car il eſt difficile de trouver, mais ſurtout de garder, des employés ſi honteuſement exploités) ou, parfois, à cauſe du ſabotage délibéré de diſtributeurs uſés ou révoltés (car il eſt rare que des employés ſi mal payés ſe montrent très zélés). Ydalie, pour gagner un ſalaire ‘‘à temps plein’’, devait travailler ſur de nombreux ſecteurs, grands & difficiles, mais ſurtout avec l’aide de ſes fils, pour que les diſtributions puſſent être terminées à temps ! Pour trente-cinq heures de travail ‘‘ſur le papier’’, c’était ſoixante-dix à quatre-vingts heures du travail de deux ou trois perſonnes qui était réellement effectué ! Et maintenant qu’elle eſt morte, une ſouſcription doit être organiſée pour aider ſes fils à financer les obſèques.


Pins

 

Mis en ligne le 15.VII.2013

26/08/2012, 01:41 | Lien permanent | Commentaires (3)

Lundi 20 août 2 012

 

C

ETTE APRÈS-MIDI, en liſant Le Baiſer au lépreux, je n’arrivais plus à faire de diſtinction entre la triſteſſe que m’inſpirait ma lecture & celle où m’a jeté Triſtan depuis qu’il m’a quitté. Même s’il m’eſt déſormais revenu, ou peut-être à cauſe de cela, quand je me vois dans ſes yeux ou que je m’imagine dans ſes penſées, je me ſens auſſi mal conſidéré qu’un Jean Péloueyre. Sans doute ne suis-je pas auſſi laid que ce perſonnage, encore qu’il y ait belle lurette que je n’ai plus la fraîcheur de « ce triomphant & juvénile dieu potager * » qu’eſt le fils de Cadette, mais je reſſens en moi la même impuiſſance que Jean, la même appartenance à la race des eſclaves. Comme à lui, tout mon être eſt conſtruit pour la défaite **. Tout comme lui, jetant « le regard en arrière ſur l’eau griſe de [m]a vie » je pourrais m’écrier : « Quelle ſtagnation *** ! » Pis ! Non ſeulement je n’ai pas avancé, mais j’ai même le ſentiment d’être revenu en arrière, puiſque Triſtan m’a finalement refuſé notre inſtallation commune dans la cité d’Acaris. C’eſt pour rien que je nous ai cherché un logement dans cette ville, que j’en ai viſités, que je m’y voyais déjà inſtallé avec lui. Triſtan préfère y vivre seul. Même de retour, il m’a laiſſé derrière lui. Sans doute ſera-t-il mieux loin de moi, comme l’était Noémi loin de ſon mari Jean Péloueyre. Moi, je reſte enfermé dans Argos, ce petit airial de toits & de rues perdu dans l’immenſe forêt d’Argolide, brûlante Argolide, dont les pins reſſemblent tant à ceux des Landes de Mauriac.

 

Pins

 

* François Mauriac, Le Baiſer au lépreux, 1 922, chapitre I.

** « Il était de ces eſclaves que Nietzſche dénonce : il en diſcernait en lui la mine baſſe ; il portait ſur ſa face une condamnation inéluctable ; tout ſon être était conſtruit pour la défaite […] », ibid.

*** « Le regard en arrière ſur l’eau griſe de ſa vie l’entretenait dans le mépris de ſoi. Quelle ſtagnation ! », op. cit., chapitre XIV.

21/08/2012, 02:24 | Lien permanent | Commentaires (6)

Samedi 18 août 2 012

 

A

SCAGNE m’a dit qu’il avait deviné qu’était égyptien un garçon dont il a fait connaiſſance ſur Internet & avec lequel il n’eſt encore qu’au ſtade des téléphonages à de certaines expreſſions très imagées qu’avait ce dernier & qui n’auraient cours que dans ſon peuple. Ainſi, comme Aſcagne diſait au garçon que, contrairement à lui, il fumait & buvait beaucoup, celui-ci lui aurait répondu : « Je vais te manger tous les doigts & tu ne pourras plus tenir de verre ! » La mère de ſa fille, elle auſſi égyptienne, ayant de telles expreſſions, Aſcagne prétend les reconnaître aiſément.

19/08/2012, 01:39 | Lien permanent | Commentaires (0)

Vendredi 17 août 2 012

 

H

IER SOIR, pendant notre téléphonage, Triſtan, qui commence ſans doute à manquer un peu de griefs à me faire, a tout de même fini par trouver qu’il avait à me reprocher de ne pas me révolter aſſez ſouvent. Me révolter contre quoi ? Par exemple, contre l’interdiction qui nous était faite de marcher ſur les pelouſes, lors de notre viſite au château de La Brède, pendant notre récent ſéjour en France ! Il eſt vrai que j’avais attiré l’attention de Triſtan ſur ce point. Je ne ſais plus ſi j’ai trouvé le courage de lui répondre que je lui ſouhaitais d’avoir éventuellement dans la vie de plus grands motifs de révolte. Triſtan ſerait-il un épigone de ce vieillard dont me parlait Eugène, mon couſin de France, qui, parce qu’il avait, dans ſa jeuneſſe, participé comme obſcur gratte-papier à la rédaction de la Déclaration univerſelle des droits de l’homme, avait fini, ſur ſes vieux jours, non ſeulement par s’en croire l’auteur, mais ſurtout par le perſuader à ces idiots de Français, qui lui en prêtèrent une autorité parfaitement imméritée, mais dont il n’héſita pas à faire l’uſage néceſſaire pour donner un retentiſſement planétaire à tout ce roman de trente pages qu’il avait écrit un jour pour inciter l’univers à s’indigner, s’indigner, S’INDIGNER, peu lui importait, ſemble-t-il, contre quoi, pourvu qu’on s’indignât (& d’ailleurs, dans le titre dudit livre, ce verbe était employé abſolument, exactement comme celui de Triſtan hier ſoir) ? Se peut-il vraiment que ce dernier ſe gave du même foin que le bétail infini des ‘‘mutins de Panurge’’, dont le grand homme que j’évoquais tout à l’heure a du moins le mérite d’avoir écrit le bréviaire, titre de gloire à peine moins grand que celui d’être l’auteur de la Déclaration univerſelle des droits de l’homme, mais tellement moins précaire, en ces temps où l’humanité ſemble devoir irrémédiablement s’effacer derrière ce qu’il y a de bête en l’homme ? Et de quel droit Triſtan me demande-t-il des gages de mon aptitude à la révolte (comme s’il allait de ſoi qu’une telle faculté fût intrinſèquement bonne), lui qui, toujours d’accord avec ſes préjugés, me ſemble être d’un conformiſme total, acquieſçant immanquablement à tous ſes premiers mouvements, qui ſe trouvent coïncider preſque à chaque fois avec les pires courants de l’époque ? Au lieu de me blâmer comme il fait, que ne ſonge-t-il d’abord à ſe révolter contre lui-même ? « Ce que l’on doit renverſer, ce ſont les idées préconçues que l’on nourrit ſoi-même, ſur le vrai & le faux, le bien & le mal, le juſte & l’injuſte *. » Je m’étonne qu’ayant trouvé paſſionnante la lecture du Coloſſe de Marouſſi pendant ſon ſéjour dans la véritable Grèce, Triſtan n’ait pas été plus durablement impreſſionné par ces mots de Miller. Serait-il ſeulement capable de ſe rebeller un peu contre ſes inclinations les plus légères, par exemple contre celle qui le pouſſe à s’indigner de la moindre interdiction qui lui ſerait faite ? Qu’y a-t-il donc de ſi révoltant à ne pas pouvoir marcher ſur des pelouſes, puiſqu’il y a des allées ? Et pourquoi Triſtan trouve-t-il ſi tolérable de ne pas ſouffrir que j’aie d’autres révoltes que les ſiennes ? S’il me veut rebelle, c’eſt donc qu’il me veut libre ! Ne craint-il pas que je finiſſe par me révolter contre lui, contre le joug de ſes courtes vues, qu’il voudrait m’impoſer ?


* Henri Miller, Le Coloſſe de Marouſſi, Le Livre de Poche, page 112.

tête casquée

18/08/2012, 00:16 | Lien permanent | Commentaires (2)

Dimanche 12 août 2 012

 

N

OUS SOMMES allés en France, hier, Triſtan & moi, où nous voulions viſiter le domaine de Malagar, non loin de la petite ville de Langon. S’il s’en trouve dans Les Demeures de l’eſprit, notre habitude eſt de lire, avant ou pendant notre viſite, les chapitres que Renaud Camus a pu conſacrer aux lieux que nous explorons. Comme ſouvent, Triſtan & moi étions en parfait déſaccord ſur la beauté du payſage, je veux dire celui qu’on peut obſerver depuis la terraſſe de Malagar : il le trouvait beau, & moi, moi qui deviens très influençable (pour ne pas dire franchement fanatique) dès que tombe entre mes mains un livre de Camus, j’avais évidemment fait mien, à propos de ce payſage, le jugement ſans appel du « ‘‘maître de Plieux’’ » (comme dit je ne ſais plus qui), dont j’avais d’ailleurs fini par me faire un tel magiſter elegantiarum, un ſi ſévère maître à penſer, qu’il avait fallu me réſoudre à ne plus le lire, depuis quelques années, dans l’eſpoir de redevenir un peu (un peu ſeulement, mais ma main tremble en l’écrivant), un peu moi-même ! « Il n’empêche que », écrit donc Renaud Camus, « la phraſe * ſur le payſage nous déſole, maintenant, lorſque nous la liſons là où nous la liſons, parce que, d’audacieuſe qu’elle était mais point invraiſemblable (ce dut être très beau en effet, cette plaine de vignes &, derrière elle, à l’infini, cette immenſe étendue frémiſſantes de pins), elle eſt devenue dériſoire **. » Les laideurs au milieu du payſage ne dérangeaient pas Triſtan. Il ne ſemblait pas les voir. « Comment diſtinguer ce qui eſt beau », m’a-t-il demandé, « de ce qui ne l’eſt pas ? ANTIRE – Je l’ignore… Comment être incommodé par le laid, ſi l’on n’a pas appris que ce l’était ? Comment peut-on ſavoir ce qui eſt beau, ſi cela ne nous a pas été enſeigné ? On n’eſt pas incommodé par la laideur, parce qu’elle nous eſt quotidienne. Elle eſt notre décor. Il me ſemble parfois que je dois me forcer à être attriſté par elle : mon premier mouvement eſt d’y être habitué, de l’accepter, de ne pas y prêter attention, de ne pas même la voir… Il me faut faire un effort de concentration pour m’apercevoir qu’elle ſaute aux yeux ! TRISTAN – Mais qui nous enſeigne la beauté ? ANTIRE – Les poètes, les peintres. Les compoſitions de ceux-ci, les mots de ceux-là nous éduquent. Ils forment notre goût & nous ouvrent les yeux. Sans doute, par exemple, n’aurais-je jamais vraiment ſu ce qu’était un beau payſage ſi je n’avais pas lu Renaud Camus, ſi celui-ci n’avait pas attiré mon attention ſur ce qui les gâche. Peut-on croire que les payſagiſtes auraient peint des hangars dans leurs tableaux ? TRISTAN – Mais pourquoi pas ? Ne peignaient-ils pas des ruines ? Et ne trouvons-nous pas de la beauté à celles-ci ? Peut-être les hangars finiraient-ils par être beaux, s’ils devenaient des ruines. ANTIRE – Il faudrait qu’ils ſoient faits pour durer. La camelote n’a pas le privilège de tomber en ruine (mais il faudrait dire : ‘‘s’élever en ruine’’ !) : elle rouille, elle coule, elle fond, pourrit & devient cadavre. TRISTAN – Mais juſtement, Baudelaire n’a-t-il pas fait un poème de la décompoſition d’une charogne ? Ne vîmes-nous pas dans les payſages de David Hockney, à Bilbao, lors de l’expoſition qui lui était conſacrée, des pylônes électriques & des panneaux de ſignaliſation ? Si ce ſont les poètes & les peintres qui forment notre goût, n’ont-ils donc pas auſſi conféré de la beauté aux charognes, aux panneaux, aux pylônes, aux uſines, à la camelote ? ANTIRE – C’eſt Oſcar Wilde, je crois, qui diſait que la beauté eſt dans les yeux de celui qui regarde. Ne confondons pas la beauté qui ne ſe trouve que dans les tableaux, c’eſt-à-dire dans le regard, avec celle dont l’eſpace eſt le monde. Il y a la beauté des choſes, & la beauté du regard ſur les choſes. Il n’eſt pas impoſſible que les peintres & les poètes aient eu leur part de reſponſabilité dans l’enlaidiſſement du monde, en donnant après coup la caution de leur art au déſaſtre. Moi qui ai toujours trouvé ſimpliſte l’idée reçue que la liberté des uns s’arrête où commence celle des autres, je ſerais tenté de l’adapter à notre converſation en diſant que la beauté des hangars en ruine & des uſines abandonnées s’arrête où commence celle des ciels & des payſages. La beauté des regards s’interrompt quand ceſſe l’homme & commence la nature. Une beauté plus vaſte exiſtait avant nous, c’était la beauté réſervée à l’œil de Dieu ſeul. La peinture nous l’enſeigne d’ailleurs auſſi, qui nous a ſi ſouvent montré des payſages déſerts, c’eſt-à-dire où l’homme n’eſt pas, ou n’eſt plus qu’à l’état de trace, de ſouvenir, d’abſence à peine devinée dans ces ruines devenues tellement plus réelles que nous, tellement mieux faites pour ces payſages que nous pour ce qu’elles furent & que ce qu’elles furent pour nous… »


abc

 

* « Tant pis ! J’oſerai dire ce que je penſe : payſage le plus beau du monde, à mes yeux, palpitant, fraternel, ſeul à connaître ce que je ſais, ſeul à ſe ſouvenir des viſages détruits dont je ne parle plus à perſonne, & dont le vent, au crépuſcule après un jour torride, eſt le ſouffle vivant, chaud, d’une créature de Dieu (comme ſi ma mère m’embraſſait). Ô terre qui reſpire ! » François Mauriac cité par Renaud camus dans Demeures de l’eſprit, France I, Sud-Oueſt, Éditions Fayard, 2 008, page 58.

** Op. cit., pages 58-59.

13/08/2012, 01:35 | Lien permanent | Commentaires (0)